Sommaire
10 avril : Le pire des trajets
11 avril : De l’autre coté des montagnes
12 avril : Terre promise, bientôt
13 avril : Les Portugaises ensablées
14 avril : Ascension de la face Est
15 avril : Aux pieds des dunes
20 avril : Ça passe ou ça casse
21 avril : Course de mobylettes
24 avril : Retour à la case départ
Je me suis régalée à vivre ces quelques jours puis à écrire ce Carnet de voyage comme à mon habitude, mais cette fois-ci j’avais envie de vous le faire partager, vous faire voyager, vous faire rire et d’essayer de vous faire découvrir le Sud du Maroc et ses Marocains tels qu’on les a connu. Bien sur, tout est subjectif, et il ne faut jamais généraliser. De plus j’ai un style assez noir et ironique, mais ce n’est que de l’humour.
Ci-après n’est que le récit de ce que j’ai vu, entendu et mon point de vue de « moyenne » voyageuse (pas grande). J’espère que ça vous donnera envie d’y aller !
Plus la peine d’acheter un Guide, ah, ah… car il y a de nombreuses informations pratiques.
Alors imprimez ces pages et lisez-les à temps perdu ! Pourquoi de 12 à 15 ? Et bien, c’est le trajet que nous avons emprunté au Maroc : de midi à 15h ou du Nord à l’Est.
Les Alaouites (au début du 17ème siècle), ancêtres de Sa Majesté le Roi HASSAN II ont été les premiers à introduire le drapeau rouge. Chaque matin il était levé et rabaissé chaque soir sur les forteresses de Rabat et de Salé.
L'étoile verte Sulayman (5 piliers de l'Islam) sur le drapeau à fond rouge est apparue en 1912, quand le Maroc a été mis sous le protectorat français, afin de se distinguer des autres nations.
710.000 km2 (la France est de 550.000 km2)
28 millions en 1996, estimation pour 2025 est de 47 millions.
La capitale administrative est Rabat (1,3 millions)
La capitale économique est Casablanca (3 millions)
Marrakech = 750.000 habitants
Monarchie Constitutionnelle, Constitution de 1972. Le Roi est le Chef spirituel et temporel. Sa fortune est estimée à 200 milliards de francs en 1995. Un Premier Ministre est élu pour 6 ans.
Altitude maximum Djebel Toubkal = 4165 m
3446 km de côtes.
Pays frontaliers : Algérie, Mauritanie et Espagne
Le fleuve le plus long est le Draâ = 1200 km
Taux de natalité 43 pour 1000
Taux de mortalité est de 13,4 pour 1000 et le taux de mortalité infantile est de 62 pour 1000. Nombre d’enfant par femme = 3,28
Nombre de Marocains à l’étranger = 1 million environ dont la moitié est en France puis l’Italie, Espagne en 4ème position.
L’arabe est parlé à 65 % puis trois langues Berbères, puis le français et l’espagnol.
Taux d’analphabètes en 1994 : 41,7% chez les hommes et 55% pour les femmes.
Taux de chômage en 1994 : 16 %.
1995 : 2,3 millions de touristes (français en tête)
3ème producteur mondial d’argent et 11ème producteur mondial d’oranges et d’orges.
London Heathrow à Casablanca Voyageur
Décollons sans problème, excitées de quitter notre pays d’accueil. Je n’ai pas voyagé depuis 2001, Cuba.
Il fait nuit à notre atterrissage. Trente petites minutes dans un train confortable de l’ONCF pour 30 dhs, départ de l’aéroport Mohamed V à l’heure : 21h50, avec une Toulousaine qui s’en va faire un stage en Guinée Bissao. Le taxi aurait été à 200 dhs de jour et 300 de nuits. Un Euro est égal à environ 10 Dirhams (dhs) donc très facile pour un français mais plus cher si vous payez en Euros. Arrivées à la gare de Casablanca Voyageur, nous prenons un Petit Taxi rouge pour atteindre notre Hôtel Riad Salam, à la Corniche, tout près de la Mosquée Hassan II. Majoration d’environ 50% la nuit, soit 50 dhs au lieu de 25 pour 25 minutes de taxi. La 206 était aussi vieille que son conducteur, qui ne parlait pas français mais très gentil. J’ai toujours préféré aider les petits vieux que les jeunes arrogants et dragueurs ! Il nous faisait aussi le guide quasi-unilingue (franco-arabe) à travers Casablanca, ville blanche endormie, sur cette large route de six voies, où aucun automobiliste ne respecte les lignes discontinues des voies et se gênent donc mutuellement. À l’aéroport, à la sortie de l’avion pressurisé, un air plus tendre et humide se faisait sentir, présage de jours meilleurs ! On avait quitté Londres avec un ciel presque noir, une giboulée de mars en retard, un rayon de soleil et un arc-en-ciel. Au guichet du train, une Toulousaine aux grands yeux bleus, bien en chaire mais très jolie, s’est jointe à nous, d’abord sur le quai où les blagues d’excitations d’un début de voyage s’enchaînaient puis ensuite dans le train. Le train, électrique (il faut savoir qu’on arrivait de Londres où ils fonctionnent encore au diesel) et portes automatiques (encore plus contradictoire pour des londoniennes !), très haut (comme les RER doubles parisiens), fauteuils marrons en skaï gigantesques et hauts comme des fauteuils d’époques médiévales ou royales ! Larges et confortables. Control des tickets après de nombreux contrôles de passeport dans l’aéroport. Petite pression de la présence de la Police militaire, sans sourire ou presque, et légère autorité dictatoriale dans l’air.
Arrivons à la réception grandiose de l’hôtel où un client, sûrement saoul, montrait ses fesses à ses amis avant de se faire expulser ! Quelle honte vis à vis de Marocains, aucun respect !
Notre Hôtel **** Riad Salam http://www.groupesalam.com est en bordure de mer, qu’on entend. Il y a toujours une taxe de séjour par personne et par nuit qui varie selon les régions, ici 14 dhs. Notre chambre twin est à 1162 dhs grâce aux tarifs Air France, le seul qui nous l’accepte.
Notre hôtel Salam - de par ses vieux joints de carrelage, les peintures repeintes plusieurs fois que l’on peut remarquer, les vieux rideaux et sèche cheveux, les six chaînes dont une seule nette (TV5) - nous criait ses belles années luxueuses et prestigieuses d’autrefois, un temps pas si loin mais sûrement de fastes, presque honteux, vis à vis d’un peuple appauvri par la Monarchie (malgré tout adulée ou plutôt crainte). Il me rappelle l’Hôtel Camp de Mar aux Baléares où nous allions en famille tous les étés pendant 15 ans. La Chambre 407 conseillée par Papa n’est pas la meilleure placée car à trois bungalows du restaurant et en rez-de-chaussée donc on réserve un bungalow dans les 600 pour notre retour. Il y a aussi un hôtel Ibis juste au pied de la gare de train Casa Voyageur qui est plus typique et familiale à mon goût, moins cher aussi 480 dhs, mais sans piscine ni plage.
Trois gros chiens et leur maître se balade sur le sable fin, car c’est Casablanca, dans le Sud, les chiens sont sauvages et craints. Un jeune fait quelques semblant d’assouplissements originaux tel un Suisse (cf. sketch de Coluche). Les rouleaux marins se succèdent.
Sujet de conversation autour d’un jus d’orange au petit-déjeuner : « Partez avec une légère constipation et tout faire pour ne pas démouler vos selles » ! Bon appétit ! Mon menu : petits pains rassis, toasts et jambon fin à l’espagnol et fines tranchettes de sorte de gruyère et œuf brouillé très cuit avec tomate cuite et deux muffins du « Sud » aux raisins secs et Sandrine : Croissants et céréales et pains au chocolat et confitures et thé noir Lipton et 2 VERRES de jus d’orange pressé par la machine « à bras ». Conseils pour le Service : demander des accessoires vaisselles en chiffrant précisément le nombre, sinon on vous amènera d’office UNE cuillère / UNE tasse / UNE assiette, même si vous êtes quatre. Autre conseil : écrire la liste et tout demander en une fois en faisant des gestes pour « ajouter » à la qualité de votre communication, mais sans trop détailler pour éviter la déconnexion de votre interlocuteur (c’est comme les PC 486, peu de mémoire disponible) et la confusion entre vos paroles et l’ouïe. Elles marchent vite mais la plupart du temps à vide, nan, je rectifie, avec UNE information dans la tête ! Rien n’est méchant, je ne fais que comparer. Si elle ne vous comprend pas, elle s’en ira sans rien dire, c’est normal. Essayez sur quelqu’un d’autre ! Soit ils ne vous comprennent pas, soit ils ne savent pas, donc le mieux est de connaître par cœur ce que vous souhaitez faire, aller, etc. Exemple : Un passager de notre train me confirme qu’il n’y a pas d’autre arrêt pour Casablanca donc on était descendu mais on aurait dû descendre à la station suivante, Casablanca Port, plus près de La Corniche. Pas grave, un p’tit tour de Petit Taxi sécurisant nous a fait un grand bien ma p’tite Dame !
Le Portier nous arrête un Petit Taxi pour aller à la Gare parmi la cinquantaine de passants attroupés devant l’Hôtel. En effet, il y a eu deux morts après un accident : avant-goût de ce que notre périple sur la route nous réserve ! C’est pour cela que je préfère le train, les rails contrôlent l’inconscience masculine et on va gentiment commencer par-là.
13h15-16h30, 238 km, 75,50 dhs, cinq arrêts.
Le Quai 2 correspond à la Voie B sur les écrans TV, adaptez-vous ! Le quai vide se rempli déjà. Un homme à genoux sur le quai fait sa prière respectueuse face à la Mecque. Dans le train silencieux, aux vitres propres et non rayées ni taguées, aux sièges énormes en skaï orange, non lacérés au couteau (8 places par compartiment de seconde classe), climatisé, nous lisons, écrivons, observons le paysage sous un ciel gris. Traversons campagnes : queue de voitures au passage à niveau, une charrette tirée par un âne (il y en a beaucoup). Les bords de la voie ferrée sont plutôt en friches, laissés à l’abandon, camouflés par les mauvaises herbes vertes et fleuries (pissenlit). On ne ressent pas une activité humaine stressée ni motivée mais plutôt une envie de se laisser vivre au gré du temps tel un gros chat. Quelques moutons sales, ébouriffés et maigrichons. Quelques parpaings empilés et cimentés sans application constituent un mur de sécurité. Boutons d’or et coquelicots.
Le temps passe…
Arrivons à l’Hôtel Es Saadi. La Réceptionniste nous voyant arriver avec des sacs à dos lourds (et non à roulettes), nous regarde de haut en bas et dit : « C’est complet » et s’éloigne ! Je reste scotchée au comptoir et attends une solution de leur part. Elle me montre le Standard où ils vont téléphoner. Mais la réceptionniste revient, penaude : « Une chambre vient de se libérer ». Apparemment le vol de Londres d’hier a été annulé peut être dû à une alerte « attentatique ». L’habit ne fait pas le moine mais peu de monde l’applique ce proverbe, en effet, on nous le fait plus d’une fois.
L’ascenseur du Es Saadi ne peut que nous contenir, serrées comme des sardines avec nos gros sacs à dos. Il nous emmène d’abord du 4ème au premier étage puis au 5ème pour finir au rez-de-chaussée. En fait, on n’avait pas le temps de se dé-coincer et de sortir. Les portes nous accordaient la sortie d’une jambe puis se refermaient sur la seconde !
Un petit grand-père porteur nous accompagne à notre chambre et nous fait la visite guidée de celle-ci : coffre fort (qui ne marche pas) et téléphone (qui est en fait le sèche cheveux). Il est adorable et travaille pour cet hôtel depuis 22 ans. Je visite aussi une suite présidentielle de 80 m2, notre chambre ne fait que 60 m2 ! D’une « étriquetesse » ! Nos lits ne font que 2 mètres sur 2 !
19h10, Sandrine s’étouffe de rire, autour d’un contexte et d’une fatigue légère, après avoir dit « 6 heures moins le quart Madame Placard » avec une gorgée de notre Champagne du soir : un Canada Dry ramené de Londres. Sommes donc dans ce second hôtel 4 étoiles, sans déco marocaine mais avec des lits plus grands que ma salle de bain ! La piscine et le jardin sont splendides même sous le ciel gris.
Sortons à pieds vers la Médina pour un
éventuel premier repas marocain. S’arrêtons au premier buffet après vingt
minutes de marche : Hôtel Restaurant de Foucauld. Menu à volonté
(formule répandue): salade d’aubergines, lentilles, betteraves, semoule,
aubergines et poisson fris, légumes de couscous, spaghettis, poulet au citron,
mouton du pays, fraises superbes et sucrées, gâteau amande-coco pour 120 dhs
(au lieu de 180 dhs à l’hôtel).
8h : réveillée lentement par des rêves de ceux qui me hantent, ce matin c’était mon père et Grégory (d’ailleurs je lui enverrai bien une carte pour ses 30 ans). Nos sens encore endormis s’éveillent au rythme des sabots des calèches de la rue. Nous ne donnons pas sur la piscine chauffée où j’ai envie de me tremper ! Les nuages sont à moitié partis pour laisser place à du ciel bleu et des ombres créées par le soleil. La température n’est pas suffisante pour que mon maillot sèche en 3 heures. Repartons donc ce matin pour 4 heures de bus. Ticket acheté hier, bleu, sans prix, sans destination. Il faut avoir confiance sans preuve. Peut être serons-nous à Fez ce soir au lieu de Ouarzazate, qui sait ? En sachant qu’ils ne répondent pas à vos demandes quand ils ne comprennent pas. Peu d’entre eux parlent le français mais ils parlent tous.
11h10 : sommes à la gare routière pour finalement attendre debout 1h30.
12h : le bus n’arrivant pas ou coincé dans la valse des bus de la gare routière à une seule voie centrale, celui qui s’est donné la charge de rassembler les passagers nous demande de le suivre. Sortons donc de la gare, marchons dans l’Avenue principale (généralement appelée Mohammed V) mais aucun bus à l’horizon, sauf un à 15 minutes à pieds. Même les passagers marocains sont énervés du manque de service.
12h45 : partons finalement pour 193 km
Premier arrêt 5 minutes plus tard car le chauffeur remet de l’argent à sa femme en plusieurs paquets avec une explication pour chaque. Elle pliera ces billets en tas de 2cm2. Elle lui baise la main en le quittant. Lui embrasse ses 3 fils. Cette femme doit avoir 20 ans de moins que lui, ce qui est commun. Un échange de petits sacs plastiques noirs (très répandus) s’effectuera tout au long de notre séjour. Leur contenu nous a toujours intrigué (ex : slip de rechange ?). Le moteur tourne en permanence, même en stationnement.
J’ai mal de voir que les Marocains font les mêmes erreurs que nous avons faites et que nous essayons de corriger sur des années (exemple : écologie, pollution, immeubles trop rapprochés, constructions sans harmonie, le port de la ceinture n’est pas obligatoire, aucun contrôle technique, etc).
13h15 : changement de végétation : vert partout dans la vallée et sur les coteaux, pentes de montagnes, chèvres noires et moutons au sommet d’une colline. En fond sonore permanent, la voix du chauffeur : « petit chef » bavard, autoritaire et gueulard. Roue libre dans les descentes, c’est mieux ! Quelques troupeaux de 10 moutons et leur berger jalonnent le bord de route large et goudronnée. Le chauffeur ne klaxonne que rarement car il y a peu d’obstacles qui doivent l’éviter.
13h30 : nième arrêt dans un village dont la boue ocre est encore mouillée d’une pluie récente. Le ciel est toujours couvert. Un ou deux clients montent et on repart.
Passons devant de nombreux stands de vente de quartz, énormes eucalyptus dans la vallée, sortes de conifères en altitude. Ne passerons pas les 2300 mètres cette fois-ci. Lauriers, pins, géraniums, blé planté là où il y a de la place, encore bien vert, de l’anis, des figuiers de Barbarie, trois veaux, deux ânes, un cheval, des poteries. Sommes à droite dans le bus : vallée et précipices à gauche.
13h50 : descendons, la vitesse augmente et le nombre de virages ne diminue pas. Superbes montagnes à l’horizon, à présent ensoleillées. Terres rouges, rochers comme ceux de la forêt de Fontainebleau. La fraîcheur se fait ressentir. Enfilons notre pull. Les oueds (rivières) se remplissent petit à petit. Une belle blonde américaine est entourée de trois passagers Marocains, tous très attentionnés, qui oublient vite les actions du Président Bush ! Je commence à avoir l’estomac retourné : trop de virages comme pour aller à Formentor pour ceux qui connaissent ! Ils distribuent d’ailleurs des sacs plastiques, ce qui présage la suite !
14h45-15h15 : arrêt au col pour pipi et « dégourdissage » indispensable. Il reste encore 109 km, n’avons parcouru que 84 km en deux heures, ce n’est vraiment pas agréable. Ne savons pas quand le bus repart mais en fait il klaxonnera pour rappeler ses « brebis ». Discutons avec un Hassan dehors où il doit faire 15 degrés. Il me dit que les Espagnols et les Belges sont racistes mais ne peut pas me dire pourquoi eux. Parle aussi de Marocains qui vous invitent à boire du thé et qui y mettent de la drogue pour vous endormir. Hassan dit aussi que de nombreux touristes viennent ici pour fumer du hashish et la consigne donnée à la Police est de ne pas les arrêter même en flagrant délit. C’est bien l’inverse de la Turquie dans le film Midnight Express ! Mais c’est interdit aux locaux en théorie. Sa vie à lui me paraît bien « relaxe Max » (une de leurs expressions favorites) : en effet, il fait une pause de 20 minutes avec nous sinon il vend des brochettes sur un mini stand de quatre mini BBQ ainsi que des poteries sur un autre stand. Il fume dès son réveil et toute la journée comme 90% des Marocains. Le soir, il fume des joints et fait de la musique sous les étoiles et ce jusqu'à l’apparition de la lune. Les chiens n’apparaissent qu’à la nuit tombée et hurlent dans les montagnes. Par contre les chats, de toutes tailles et couleurs, sont visibles de jour et sont nombreux.
La première offre ! J’ai failli vendre Sandrine pour 1000 chameaux dans le col de ces montagnes mais mon balcon londonien est trop petit…
Arrêt du bus au niveau d’une femme au milieu de nul part, un passager lui remet un sac et remonte : DHL du coin.
16h50 : Village d’Amerzgane à 35 km de Ouarzazate. Encore quelques arrêts entre les plaines de jeunes pousses, vert tendre, de blé. Le vent les caresse et les épis de blé se courbent.
Il fait encore froid, c’est bien dommage. Le soleil nous a quand même montré le bout de son nez pour nous présenter ses belles montagnes du Haut Atlas.
Discutons un peu anglais avec un beau couple d’Espagnols marcheurs qui s’en vont pour leur second trekking (premier à plus de 4000 mètres) ! Rigolons sur la nonchalance des Marocains et donc la persévérance, en tant que touristes, dont nous devons faire preuve pour obtenir quelque chose. Exemple : « C’est complet » lorsque l’hôtel a encore des chambres. Passons devant des étendues de champs de jeunes pousses de blé à la superbe couleur vert tendre au coucher du soleil, tout comme les rizières vietnamiennes. Le vent les courbe sous son souffle, comme une caresse dans le poil souple d’un chiot des Pyrénées.
17h30 : arrivons enfin à la gare routière de Ouarzazate après cinq heures de trajet. Ville très étendue et nouvelle, en perpétuelle construction de style classique marocain : fenêtres arrondies, grilles torsadées, mosaïques, crépis ocre, trois étages. Marchons dans cette ville inconnue et nouvelle, un peu fantôme ou du far West américain, où des films connus ont été tournés. La ville me fait penser à des décors de cinéma. Puis une 406 grise, neuve, s’arrête à notre hauteur comme dans une publicité télévisée ! Incroyable car des voitures neuves, c’est exceptionnel croyez-moi ! Un homme en sort en djellaba de qualité et propre pour nous proposer ses services bien sûr. Tous le font car ils n’ont rien d’autre à faire et que les touristes sont un peu les « martiens » du moment ici ! Je lui réponds donc par une question (j’apprends vite…) il me sort sa carte de visite « Excursions ». Cet homme a donc des services à proposer. Ca rapporte donc alors super bien ou les touristes payent vraiment trop cher ! Ou encore il est un super gestionnaire ou exporte de la drogue, au choix (car la part des revenus du pays supérieure à celle du Tourisme, voir Quid)! Il nous conduit gratuitement à notre Hôtel Bélère ****A. « À quelle heure je viens vous chercher ? » dit-il. On convient de 20 heures ce qui nous donne deux heures pour un peu de calme avant sa « diarrhée verbale » qu’il nous réserve. Je conclue par « In Salah » bien sûr. Je n’aime pas poser de lapin, surtout à un homme qui a l’air sincère. Mais bon ! On ne souhaite pas passer par une société d’ici, les Dunes sont trop loin encore donc serait trop cher et ne sommes pas parties en sac à dos pour nous coller dans un groupe. Malheureusement mon expérience de nos Maghrébins en France ne m’inspire pas à donner immédiatement confiance à leurs frères d’ici. Mais il est vrai qu’en deux jours, tous ont été cohérents sur leurs prix des taxis ou thé par exemple.
Avant de trouver de quoi se sustenter, nous déambulons sur les trottoirs d’une grande artère du quartier des hôtels où il n’y a rien à part un magasin de tapis (à visiter si vous disposez de plus de deux heures ainsi qu’un sac à dos avec coutures capables de supporter un tapis de 20m2 !). Il y a aussi un bazar et deux magasins de souvenir puis un vendeur d’épices et herbes médicinales où nous nous aventurons. On a bien cinq minutes à tuer ! Personne à l’horizon, le magasin un peu sombre, des centaines de bocaux puis un homme nous dit « Vous avez du temps pour l’explication ? » Je dis oui en pensant qu’il allait commencer mais non ! Il appelle, et un jeune arrive, se met en blouse blanche et nous fait asseoir et tire un chariot de trois étagères chargées de multiples bocaux. L’explication va durer trente bonnes minutes et nous sentirons chaque bocal un par un : poudre, savons, eaux, eau de rose, rouge à lèvre Berbère de coquelicot, faux safran, 35 épices pour femme non-cuisinière, savonnette de bile d’estomac de cachalot, « Viagra marocain » le Ginseng, le Vicks local dans un filet, le musk de glandes de gazelles. Puis j’ai droit au massage des tempes à l’huile de jasmin vert. Il me fait basculer la tête et j’aurai plutôt besoin d’un massage de la nuque ! Tisane pour maigrir ou contre le cholestérol, crème anti-ride (ils ne doivent pas l’utiliser souvent ici), crème anti-verrues ou eczéma (de couleur et à l’odeur de goudron), etc. Il faut le faire une fois, choisissez votre endroit de prédilection en fonction des sièges et de l’accent du narrateur !
Second buffet pour notre dîner, à l’hôtel d’en face, moins chic et avec des Groupes et un animateur-orchestre sans voix qui nous programme une valse, la danse des canards, la chenille, et une ou deux danses du ventre. Menu est plus orienté touriste avec artichaut vinaigrette délicieuse, purée, haricots verts, pâtes, lentilles, veau sans goût et gras de bœuf, tarte céréale-banane et un roulé à ? (gâteau coloré mais sans goût). Rentrons vers 22h pour fuir la « À la queue leu-leu » ainsi que notre Réception pour éviter le laïus du vendeur d’excursion, volontairement zappé à 20h ! Arrivées discrètement dans notre chambre au son d’une « ballade de trompettes anales », soulagées de ne pas avoir vu la 406 neuve sur le parking, le téléphone sonne ! Pour une fois que quelqu’un nous appelle, je décroche ! Erreur, c’est bien lui, un peu mécontent bien sur. Je lui mens à la façon des Souks. Ici, les touristes sont repérés et suivis à la trace par leur mémoire visuelle entre autres et sur chaque fiche hôtelière obligatoire… Bonne nuit !
Réveillée avant la sonnerie ascendante du réveil programmé à 7h15 pour ne pas rater le Cambiste qui doit passer aujourd’hui dimanche, exceptionnellement de 6h à 8h ! En fait, il sera toujours là à 10h.
7h45-8h30 : « empiffrage » de mini croissants et pains au chocolat. Pas de salé ce matin à ce buffet de biafrais !
8h30-10h : Premier bain de soleil depuis le 16 mars à Poissy pour moi, autour de la piscine, sur des transats, ciel totalement bleu, ça chauffe un peu sous une petite brise et des mini mouches.
Ce soir, serons-nous peut-être loin des odeurs « dieséliques » de tous ces vieux camions, bus, autos ? Sommes d’ailleurs en quête de la plus vieille voiture du pays : Renault 12 et Peugeot 403 jusqu'à présent. En ville, les tuyaux d’échappement rejètent tous une fumée blanche, épaisse et grasse qui trouble la vision des choses qui nous entourent et nous fait réduire le nombre de nos cigarettes à trois par jour.
11h30-14h45 : 190 km, 35 dhs et 10 dhs pour nos bagages
Toujours ajouter 5 ou 10 dhs par bagage en soute mais à payer à la bonne personne et qu’une seule fois (car on est sollicité plusieurs fois à les payer…) Je demande d’ailleurs à un autochtone s’il a lui-même payé un extra, et me réponds que oui un peu surpris de ma question. Il s’avère que cet autochtone nous accompagnera pendant quatre jours et deviendra un ami ! Nous voilà parties.
Nous sommes nombreux sur ce trajet mais ne sommes que quatre touristes, très peu en individuel-piéton je trouve. Deux jeunes locaux ont voulu essayer une sorte de hashish fort à sniffer, ils en pleurent de douleur, le sourire jusqu’aux oreilles par fierté devant la réussite de leur bravoure !
Cette fois-ci, plus de traversée de cols mais une route rectiligne à la Hell’s Angel que j’aimerais faire un jour en Harley avec Denys en remplacement de notre rêve américain d’adolescents, toujours vivace. Superbes montagnes des deux cotés. Arrêts fréquents du bus dès qu’un passant lève le bras, même pour rien. Le bus redémarre avant même que la porte soit refermée. Plus on en met, plus on rentabilise mais tout reste raisonnable si vous avez vécu les transports en commun d’Inde. Le vendeur de tickets se charge de faire asseoir tout le monde, même par terre. « Notre » autochtone se lève pour donner sa place à une vieille femme qui la décline. Il est agile, beau, à la peau foncée, parle très bien le français, sans accent et a une tête d’intelligent malin. Il s’appelle Saïd, a 28 ans et est Berbère. Nous engageons une simple conversation. Il connaît une Auberge « Chez Aïssa » où nous pourrions loger ce soir, est guide-touristique à ses heures, a été en France, Espagne et Allemagne mais préfère le rythme et le soleil du Maroc. Ses amis, qu’on rencontrera, l’étaient aussi à mes yeux. Tous avec l’œil malin et débrouillard, courageux à leurs heures. Saïd nous retrouvera à la réception de notre Hôtel Lamrani et nous amènera visiter les gorges du Todra à 15 km, en taxi (le même à l’aller comme au retour). Conduire ici c’est ne pas user ses freins et donc éviter les obstacles sans ralentir. Par contre les amortisseurs ne bénéficient pas du même traitement de faveur ! La route est étroite donc roulons tous sur les bas cotés. Nous considérons encore Saïd comme un guide qu’il faut payer. Les gorges sont splendides, étroites, étendues et hautes, mais une nouvelle route en béton la traverse au grand désespoir de Saïd. Ciel gris mais éclairci à l’horizon qui se terminera quand même par un orage. Il fait frais. Je bois à la source où de nombreuses femmes se déplacent de loin pour y boire de son eau (claire mais tiède) miraculeuse et exaucer leur vœu, celui d’être épousée. Je dis à Saïd « Je vais en boire un litre alors ! » Une gorgée me portera peut être chance ! Croisons des français immatriculés 34, 26 et autres ainsi que des Espagnols. La voiture est un très bon moyen de traverser le Maroc car il n’y a pas de transports en commun partout.
Saïd nous invitera en fin d’après-midi chez son ami, fils du propriétaire de l’auberge Chez Aïssa Tineghir. Ils se font tous « bronzer la tête » avant de jouer de la musique tous ensembles (= fumer des joints) accompagné d’un Whisky Berbère (thé vert hyper sucré). Ils fument beaucoup et rigolent devant nos paquets de cigarettes marqués de « FUMER TUE ». Je n’ai pas encore vu un seul hôpital d’ailleurs. Comment se porte Messieurs Cancer et Mesdames Malaria et Typhoïde ici ? Ces gentes dames desquelles nous nous méfions tant !
Trois d’entre eux me montreront patiemment quelques rythmes au Jembé. Je n’arrive pas à dissocier mes mains pour reproduire deux rythmes à la fois ! Le fils du propriétaire nous apporte l’album photo de l’Auberge et de toutes les randonnées en montagne qu’ils proposent (3, 8, 15, 20 jours ou plus). Nous lisons aussi le Livre d’Or rempli de félicitations et d’encouragements internationaux, les paragraphes dans le Guide du Routard (page 594) et dans le magasine français Montagne de décembre 2003 (page 66). Sandrine n’ose pas se lancer au Jembé et n’ai pas très rassurée d’ailleurs autour d’inconnus. Moi je les sens bien et apprécie le moment présent.
Dans l’angle de la pièce, une TV moderne et un lecteur de DVD ainsi que le poste CD. Tout comme au Vietnam, au fin fond d’une rizière, dans une cabane en tôle, un couple avait la TV et le karaoké dernier cri ! L’argent qu’un Européen dépenserait en alcool, un Marocain le dépense en hi-fi.
19h : Saïd trouve un Petit Taxi et nous raccompagne. Je lui offre 150 dhs qu’il accepte finalement. Je comprends plus tard qu’un paiement est une sorte d’adieu donc la fin d’un travail donc la fin de revenus. Sommes de retour dans notre chambre fraîche, où Sandrine fait marcher finalement la clim en jouant avec la télécommande un moment pour mettre du chauffage.
20h15 : chouchoutées par notre beau serveur, nous finissons notre demi vin rosé de Guerrouane, des Celliers de Mekhnès 2002 épuisées et saoules.
Ratons le bus de 9h qui est parti à 8h50, avons eu du mal à bouger les quatre employés de l’hôtel pour nous trouver un taxi et dix minutes à se décider, déléguer à l’un puis à l’autre, tous veulent être mis au courant du fait divers mais juste pour savoir, non pas pour aider ou actionner. Ils vivent tous à 2 km / h et s’étonnent en nous disant : « Vous êtes pressées ? » « Euh, ouaih ! » On rate donc le bus à trois minutes ! Pas de chance car tous nos bus précédents étaient plutôt en retard de plus d’une heure. Il faut donc s’attendre à « doucement le matin et pas trop vite l’après-midi » et voir un attroupement d’hommes (il n’y a jamais de femmes) voulant tout savoir et parlementant, s’engueulant sur des sujets qui nous regardent seules et c’est à ce moment là qu’il faut s’en aller car ils ne s’en apercevront pas et trouver une solution sans parler à qui que ce soit. Ou alors, prenez six semaines de congés !
Sommes donc dans un autre bus, et de la fenêtre mon prof de Jembé Tariq passe, je frappe au carreau, il monte nous dire bonjour puis Saïd arrive pour nous faire un coucou. Après des paroles Berbères entre eux, ils s’assoient dans le bus et partent avec nous. À ce moment là, nous ne pensions pas encore qu’ils nous accompagnaient !
Ne savons pas à quelle heure nous partons. Un vieux fait la manche dans le couloir de l’autocar, peau tachée par le soleil, abandonné de ses enfants ou sans enfants, comme moi peut être un jour ! Mais pas maigre. Plus désespéré que ceux du métro parisien car ce vieux fait quatre aller-retour dans le bus.
Les autos dégagent des fumées blanches épaisses, ou noires d’ailleurs, dans le nez des passants qui ne réagissent pas d’un poil ! Dans les taxis ça sent autant l’essence, à la mince différence qu’ils s’allument des cigarettes dans ces vapeurs permanentes ou à la pompe à essence. Moi, pauvre écolo impuissante dans un pays ignorant et non-éduqué par un Roi adulé. Une bonne chose à mes yeux, c’est qu’ils ne boivent pas. Vivant à Londres, je sais de quoi je parle ! Mais ils se tuent quand même sur les routes, alors il vaut mieux qu’ils ne boivent pas.
Rares sont ceux qui ont un pull ou un pantalon ou une paire de chaussures neuves. J’ai l’impression qu’ils ont qu’une chose à se mettre.
Pour faire arrêter le bus, il faut claquer dans ses mains mais pour l’instant il est 9h45 et le bus démarre enfin !
K7 se met en route, c’est le Coran, chants sans instrumentation. Les femmes que l’on croise (une pour 100 hommes) sont toujours affairées : lessive à la rivière glaciale, avec les enfants, dans les champs avec de gros fardeaux ; de quoi faire rêver les Féministes ! Brigitte Bardot aurait du boulot aussi contre la maltraite des chats, des chiens ou des ânes !
Le vendeur au départ vend des billets provisoires. Le vendeur-contrôleu,r qui voyage avec nous, vous échange votre billet provisoire et le contrôle. Donc vous achetez un billet dehors que vous échangez dedans ! Ca me rappelle les petites filles qui jouent à la marchande !
Roulons en ligne droite (c’est moins dangereux) à travers une vallée désertique de 50 km de large. Il y a beaucoup de talus de pierres, en plein désert et des clôtures immenses (200 mètres sur 200) non finies, en pierre, d’1.5 mètre de haut. Le sens de la propriété est apparemment très développé surtout pour rien clôturer, car il n’y a encore rien dans cet enclos. Les maisons ne sont pas finies et ça pousse partout sur des kilomètres, bien qu’il n’y ait pas de moyens de transport pour se déplacer d’un point à un autre.
Le bus prend 125 litres de Diesel, Saïd sort acheter et fumer une cigarette. Repartons sans avoir arrêté le moteur une seconde : « C’est pas chir le diesel » m’a-t-on répondu plusieurs fois.
10h15 : de nombreuses antennes relais pour alimenter les portables et télévisions.
Leurs bus sont propres dans l’ensemble, sièges légèrement usés mais vitres propres. On voit souvent des Marocains balayer, laver, nettoyer, fiers de chez eux contrairement aux anglais. Peu de papiers par terre, sacs plastiques ou cannettes dans les rues. Tout doit être entassé dans une cour ou un champs à l’abri des regards.
Un vélo vient d’être déposé sur le toi du bus, deux hommes se font quatre bises, se serrent aussi la main droite et la porte au cœur (ce qui signifie : « avec tout mon cœur »).
Repartons sur la route rendue étroite par la boue sur les cotés qui ne seront jamais nettoyés. La route goudronnée centrale est donc réduite de chaque coté. Seul un vélo est assez étroit pour l’emprunter.
11h10 : premiers bancs de sable et quatre dromadaires (il n’y a pas de chameaux au Maroc = deux bosses) ! Il me tarde, il me tarde…
Croisons quelques fois des 4X4 ou vans de la Sûreté Nationale (pas très souriante et crainte), la Police en fait. Ils sont deux par deux. Ne ressentons aucune insécurité. Les sacs de touristes sont toujours mis à part dans la soute du bus et ils savent par cœur à qui ils appartiennent.
11h25 : repartons pour 60 km, enfermée j’en ai marre. C’est trop long.
Ils se donnent souvent des petits sacs noirs en plastique. Leur contenu est léger et mou. De l’argent ?
Les hommes sont quasiment tous rasés, certains ont la moustache et n’avons croisé qu’un ou deux hommes barbus : intégristes ? Demandons et en fait, c’est qu’ils sont allés à la Mecque.
Le bus va plus vite que n’importe quel véhicule et double donc tout ce qu’il trouve sur son passage en klaxonnant : signal sonore pour que l’autre se range et vite ! Ne ralentit nullement dans un virage et les 30 personnes debout cette fois-ci se courbent mais malheureusement pas du côté de la contre-balance ! Il faut que les amortisseurs soient allemands, sans aucun doute et non taiwanais !
La terre n’est pas craquelée comme dans la Vallée de la Mort, mais sûrement en août le sera-t-elle.
12h : entrons dans Errachidia, cinq fois plus grande que Tineghir. Belles bâtisses typiques neuves et non finies. Le bus roule toujours à 120 km/h. les piliers électriques sont fabriques par Cégélec pour ceux qui cherchent du travail. On a aussi croisé Lafarge.
Comme il n’y a pas de bus avant 15h+, Saïd connaissant la ville d’Errachidia et n’aimant pas attendre, nous guide jusqu’au départ des Grands Taxis. Montons donc dans une Mercédès de 1971, à sept, intérieur plastique imitation peau de léopard de partout : très belle et bichonnée.
13h- 14h en voiture sur 94 km
Payons 20 dhs chacun. La poussons tous pour la faire démarrer : « C’est pour vous laisser des souvenirs » nous dit un passager. Voyageons donc à 120 km / h, avec un professeur de français de 5ème et un Carreleur de Dijon, tous deux Marocains Berbères. Eduqués, nous pouvons enfin avoir un échange d’informations plus instructif. Tous les Musulmans du monde ont droit à quatre femmes mais doivent leur donner égalité totale : financière, sentimentale et sexuelle. Donc c’est de moins en moins facile et les jeunes, comme Saïd et Tariq, n’en veulent qu’une et ne sont pas pressés ! Ceci nous semble bien familier ! Et pour nous taquiner, le prof nous dit que « Les femmes analphabètes sont les plus faciles à vivre !» Le Carreleur habite la France depuis l’âge de 15 ans et se plaint du comportement des Arabes en France « Ils m’ont volé 20 postes auto-radio !» Il ne peut pas m’expliquer pourquoi les Arabes ont un « fond méchant » comme il dit.
Arrivés à Rissani, Saïd nous propose le premier hôtel à 35 dhs chacun car ils ne peuvent pas nous suivre dans nos hôtels de luxe, très compréhensif, et notre budget est fixe donc à contrôler de toutes façons et je veux déposer mon sac rapidement.
Faisons chacune un tour à la banque puis dans le Souk du coin. Saïd nous achète des dates et des amandes. Il est généreux et toujours attentionné. À notre tour, on paye un pot ou un dîner.
Puis déambulons tous les quatre dans Rissani, allons photographier les Portes de la Ville en mosaïque (habituelles au Maroc) puis passant au cimetière. Il y a d’ailleurs de nombreuses fillettes. Petite pancarte en arabe mais le sexe est défini par deux morceaux de bois face à face pour une femme et perpendiculaire au pied pour un homme. Saïd me confectionne un joli dromadaire avec une feuille de palmier tressée. Allons aussi plus d’une heure sur Internet et je crée une adresse email à Tariq. Ne sachant à peine lire, je lui explique en couleurs et en formes. Mais c’est plutôt dans le but de lui donner une motivation supplémentaire pour perfectionner sa lecture, obtenir son Diplôme de Guide Officiel et de garder contact avec ses futures « gazelles » et « gazous » via email. Tariq ne sait pas lire mais parle quatre langues : espagnol, français, arabe et berbère !
Ce soir, Saïd nous offre le dîner en take-away : la « pizza Rissani » qu’il raffole. C’est un pain rond, coupé en deux et garni, comme un Kebab, d’un ragoût de mouton, oignons et œufs durs. Le pain n’est pas salé mais le ragoût a du goût. Les portions sont généralement petites (pour les « ventres à pattes » que nous sommes) et on se régal, accompagné d’un Whisky berbère.
20h50 : On rappelle Saïd qu’il a un examen de géographie, en allemand, dans dix minutes, mais il prend le temps de se rouler un joint avant d’y aller, où il ne calera que sur 2 questions sur 45.
6h : personne n’a fermé l’œil de la nuit car malheureusement le propriétaire, arabe et non Berbère (que l’on surnomme tous depuis « le Gros Porc »), est hautain, imbu de sa personne, voleur, menteur (pas d’eau chaude) et de surcroît alcoolique et a fait la foire toute la nuit. Les chiens-garous ont aussi hurlé en cadence toute la nuit. L’oreiller était en béton et les draps tachés, les murs aussi, la douche n’en parlons pas, tout était dé-gueu-lasse ! Il bosserait un peu ce gros lard, il aurait plus de clients mais vivoter est sa philosophie de vie, et il n’est pas le seul. Tant que quelques Dirhams tombent chaque jour pour acheter de la bibine, tout va bien, sinon : In Shallah ! Sa tête, sa bedaine grasse, son humour localisé au-dessous de la ceinture nous montrent son ignorance et nous dégoûtent. Saïd et Tariq sont entièrement d’accord et les Berbères, qu’ils soient au Maroc ou en France, n’aiment pas vraiment les Arabes. De plus il nous trouve un 4X4 comme demandé par Saïd, mais à 200 dhs pour 4 : une fortune pour 40 km ! Quand on pense qu’ensuite on a payé 9 dhs chacun au retour ! Mais Saïd a eu tellement de mal et souhaite tellement nous faire plaisir que je ne relève pas. De plus je m’en veux, du coup, de ne pas lui montrer ma gratitude, encore énervée du traitement reçu par le Gros Porc et fatiguée. Je vais acheter un pain rond (typique du Maroc du sud) et une boite de Vache Qui Rit pour notre petit-dèj à tous, incluant le chauffeur. Saïd achète des olives piquantes.
7h20 : démarrons. Le moteur, lui, tournait déjà depuis 30 minutes.
8h20 : Dissuadons Saïd de prendre la piste puisque la route a nouvellement été faite de Rissani à Merzouga, il ne restera que 2km en piste jusqu'à notre Auberge Kasbah Tombouctou.
Le réceptionniste ne sait pas encore s’il y a des chambres de libre donc il faut attendre et demander toutes les heures par exemple.
11h : Là, on en est qu’à deux heures d’attente. Heureusement qu’ils sont drôles et tous gentils. On s’occupe, on rigole simplement, apprenons le Berbère, j’écris, attendons toujours la chambre (pas de bivouac cette nuit, ça s’organise à l’avance pour faire bouger deux dromadaires) et trop de vent de sable. Mais je ne résiste pas à sortir car je n’attends que ça après cinq jours de voyage. Cinq minutes dehors et j’en ai déjà partout : du sable. Super fin, super doux, les dunes sont à 100 mètres, é-nor-mes mais encore floues derrière un voile de chaleur et un vent de sable.
Donc en attendant que le vent passe, on fait du Jembé, on apprend à se connaître en rigolant, en découvrant les différences de nos deux cultures, on nous enseigne du vocabulaire berbère très utile (ex : Madame Cinq est notre Cinq contre Un !). Je leur lisais donc les lignes de la main ou plus exactement les « ampoules de la main» : « Sidi Saïd, votre main reflète beaucoup d’exercices. Je vois 3 à 4 ampoules ! Vous avoir vu Lala hier soir vers 22h ! » On fume tous beaucoup trop. Sinon on a le temps d’observer les gens qui passent. 90% des adultes ont les dents pourries, s’il leur en reste une ! Par contre, j’ai en face de moi un très beau jeune homme aux dents (32) blanches éclatantes comme la neige, c’est incroyable. C’est le coup de foudre, il est si attirant (demandez-moi sa photo) ! Je l’observe et il est intrigué de voir deux gazelles avec deux Marocains et il rode de plus en plus près de nous quatre puis s’assoie avec nous. Une de ses blagues : « Un Japonais voyant un scorpion sur le sable sort son appareil-photo et termine sa pellicule de 36 dessus. Le scorpion meurt finalement grillé !». Saïd prend une sorte de banjo à quatre cordes sur six et joue, le sourire jusqu’aux oreilles et imite Jimmy Hendrix !
3h d’attente : une chambre s’est libérée. Laissons tout et partons, direction les Dunes, pieds nus, pendant trois bonnes heures avec nos deux amis comiques. Fou-rires, rigolades, sauts, chutes, roulades : un retour direct en enfance ! Toboggans à quatre, sauts de moutons, roues, courses, on se tire par les pieds, dévalons les pentes sur les pieds, sur le ventre, à l’endroit, à l’envers, rampons et faisons semblant de mourir de soif quand une caravane de touristes sur dromadaire passe, puis crions « Jésus crie et la caravane passe » Saïd, lui, réclamait la cigarette du condamné et même pas un peu d’eau ! Grimpons à environ 100 mètres de haut. Je trouve un mini balai pour effacer nos traces sur le sable : quel boulot ! Renifle des traces comme une Indienne et déclare qu’elles appartiennent à des « touristes-terroristes » communément surnommés ici. On aperçoit d’autres humains au loin, effet de fourmis sur ce sable orange qui couvre notre champ de vision tout entier. Tariq et Saïd ont des jeux plus costaux et nous en préservent par galanterie. Ils nous montrent aussi comment reconstituer les arrêtes des dunes (avec l’aide du vent) que nous nous régalons à écraser sous nos pieds, car elles glissent sur les pentes comme de l’eau. Quelques petites bourrasques passagères nous font nous mettre debout car le sable se déplace en surface uniquement et forme comme un tapis volant de poudre d’or à nos pieds. Saïd nous fait l’animateur au micro avec une plante-tige d’un mètre vingt, qui sort du sable comme un fil électrique. Cherchons aussi de l’eau avec deux bâtons minables croisés. Il est facile de s’inventer des jeux avec rien dans ces dunes à perte de vue. C’est génial. Mais j’ai toujours de petits spasmes et mal au dos quotidiennement malgré cette féerie. Inconsciemment soucieuse mais de quoi ?
Sur le retour à travers la palmeraie, Saïd confectionne une gazelle en feuille de palmier pour Sandrine. Passons boire un Whisky berbère au village. Tariq se déchire le pantalon et fait une chute spectaculaire dans des roseaux ! Il est bien le seul à porter des Kickers de France et des vêtements de marques mais n’a pas de sac à dos, rien d’autre. Je lui donne d’ailleurs une brosse à dent, dentifrice et gel douche d’un hôtel. Croisons et saluons systématiquement des hommes Berbères mais les femmes ne disent rien.
Après une douche et un vidage de sable de nos poches, jeans, soutien-gorges, bouches, oreilles (d’où l’expression « Les Portugaises ensablées ») sommes de retour sur le patio vers 20h, sous les milliers d’étoiles lumineuses du Sahara, au son des Jembés de Saïd et Tariq et des castagnettes berbères de mon bel étalon qui se surnomme lui-même « Hassan Zéro » qu’est ce qu’il est beau et bien fait et tout et tout et me fera rêver tout au long du voyage mais nous ne le recroiserons jamais ! Il repartira le lendemain avec ses touristes, c’est un « faux guide » me dit Saïd. Saïd et Tariq ont la chance, eux, de tomber par surprise sur des gens qu’ils connaissent, chaque jour, dans des endroits totalement différents et isolés. C’est incroyable, à croire que tous les Marocains se connaissent et ne font que voyager et se croiser. Tariq se met à chanter et mène le rythme, Saïd le suit au Jembé en le fixant des yeux car son ouie lui suffit pour inventer un rythme différent mais assorti.
Une fine couche de sable nous rappelle que les dunes sont toutes proches et recouvre tout : draps, assiettes, pages de mon Carnet, visage, se glisse sous les ongles, dans les appareils-photos, notre couteau Suisse, etc.
21h : deux vieillards (qui n’ont peut-être que 45 ans à peine !) en djellaba blanche à capuche pointue (comme le Ku Klux Klan ou dans La Folie Des Grandeurs dans la parade religieuse) font un du tambour et l’autre du violon. Ils chantent et dansent comme deux gais lurons et entraînent l’ensemble des clients qui sortent de table pour danser et frappent dans leurs mains naturellement. Leur mélodie est belle, tout autant que leur sourire et leur visage qui respire la joie de vivre simplement. Nous dînons face à ce spectacle, du riz (première fois), couscous, melon sucré et eau en bouteille (vendue partout sans problème). Les Garçons mangent très peu par rapport à nous deux ! D’où les trois kilos en plus au final pour nos hanches… Tous les touristes se régalent de nombreuses crudités, ce qui m’avait été fort déconseillé par mes parents donc je demande à ces touristes délicatement s’ils ont des effets secondaires. Une femme me répond, la bouche pleine de crudités : « J’en mange depuis 15 jours et je n’ai rien eu » Donc je me décide d’incorporer quelques crudités à mon alimentation, Sandrine me suit et c’est vrai, tout ira bien, et c’est délicieux !
À la nuit tombée, sortons nos torches et accompagnons les Garçons dans leur tente berbère respective (25 dhs) pour qu’ils installent trois couvertures, un oreiller sur un matelas posé sur des tapis. La poussière de sable est partout en permanence mais pas bien gênante quand on a la chance d’apprécier où on se trouve. Je pends ma torche à la tente et Saïd danse la Techno au rythme de la lumière qui virevolte au gré du vent qui se lève. Tempête en sortant ! Saïd partage son foulard bleu et me couvre la tête entièrement. Voyons à travers.
22h : allons nous coucher au désespoir de nos Garçons, qui ne dorment pas plus de 5 à 6 heures par nuit, comme tous les hommes d’ici !
Sandrine a eu beaucoup de mal à faire confiance aux locaux dont Saïd et Tariq, elle ne voulait pas se mixer ni dévier de notre programme initial (qu’indicatif à mes yeux). Elle est à présent plus relaxe mais a toujours du mal à se laisser aller vers l’inconnu (ex : marcher pieds nus dans les dunes). Moi j’ai toujours fait confiance aux locaux (ex : me suis baignée dans l’Amazone au Brésil car ils s’y baignaient donc pas de piranha). À présent, je ressens même que Sandrine a une faiblesse pour Tariq et son extrême gentillesse et attentions sincères. Elle a aussi besoin de ma présence, à pas plus d’un mètre, et fais aussi pas mal de démarches pour nous deux. Il est vrai que j’ai commencé à voyager à l’age de 16 ans seule et j’ai toujours été attirée par l’inconnu, c’est un besoin vital pour moi.
Tariq vient frapper à notre porte pour que nous ne rations pas le petit-dèj. Ils sont tous les deux adorables. C’est rare de tomber sur des gens avec qui tout passe aussi bien, sur de nombreux sujets tel l’humour. Car durant tous mes voyages en solitaire, j’en ai rencontré des gens !
Saïd ce matin emprunte un dromadaire au chamelier du coin et demande à Tariq de le tirer. En effet si vous ne tirez pas la corde du dromadaire, celui-ci ne bougera pas d’un centimètre ! Cousin de l’âne je pense… Je les observe et les suit de loin. Ils se dirigent lentement vers le Groupe de Méditations, qui sont en cercle (une trentaine environ). Le sable sous mes pieds commence à bien chauffer mais le groupe, habillé de couleurs pétantes, médite en pleine canicule ! Il paraît que c’est fantastique. Ils sont en position « flamand rose » : une jambe à l’horizontale ainsi que leurs deux bras et je vois arriver lentement, Saïd, dans la même position, mais sur le dromadaire, se déambulant lentement sur ses quatre pattes désarticulées ! Je me jète sur le sable pour me cacher, avec un fou-rire ! Il se fout ouvertement d’eux car n’en a jamais vu, moi non plus d’ailleurs ! Le Groupe ne bronche pas et se concentre un peu plus sur leur musique instrumentale pour oublier Saïd … On risque de se faire engueuler en rentrant ! Mais non, ce « comportement nargueur » leur passe bien au-dessus… Tariq me demande de lui expliquer ce qu’est la méditation. Je lui dis que c’est pour se relaxer et oublier leurs problèmes mais c’est quasi inconcevable à ses yeux et c’est d’ailleurs très bien car il ne connaît pas encore la vie speed de chez nous. Tariq sourit d’un air perplexe en levant les yeux.
Puis Saïd monte pieds nus dans un palmier, Tariq me demande de le traiter de singe en arabe. Tariq est plus réservé mais pas timide. Il a l’air plus réfléchi et mature malgré ses deux années de moins que Saïd. Tariq pique des fous rires à mes bêtises et s’étonne de choses différentes, comme quand je bise le nez d’un bel âne ! Notre complicité amicale grandit de jour en jour. Mais tous deux sont gais et heureux de vivre, au jour le jour. Nous sommes en compagnie du plus gentil des Marocains (Tariq) et du plus joyeux (Saïd). Une chance inoubliable.
12h30 : une vingtaine de 4X4 immatriculés au Portugal arrivent pour déjeuner ! C’est l’attraction du jour. Ca parle en « CHE » et le silence s’est envolé. Ils vont ensuite s’amuser dans les dunes. Je ne trouve pas ce jeu bien saint : grosses machines diesel dans des dunes naturelles ! De plus, dangereux pour nous, piétons, car on ne les voit pas dans les creux et le vent nous voile leur bruit d’engin. Il a aussi les Quads… du même genre mais les chauffeurs sont plus flambeurs.
L’artisanat local est principalement la vente de fossiles ici. Je croise un vendeur et son petit sac de fossiles emballés dans du papier journal. Tapons la causette assis dans les dunes. Il me dit qu’il reste peu de fossiles et sont à deux mètres de profondeur (c’est peut être vrai mais ça fait monter aussi les prix). Il en trouve en moyenne dix par semaine (est peut être aux 35 heures). Pendentif à 25 dhs. Poncés, ils sont très beaux et me font envie mais à quoi bon ramener des bricoles ? Dans le village voisin ou nous étions hier, il y avait quelques ateliers de ponçage. Un marchant de beaux objets (éviers en fossiles !). Une boite aux lettres perdue. Croisons de beaux enfants joyeux et haut comme trois pommes, que Tariq embrasse fort et tendrement sur la joue.
Rentrons faire nos sacs que nous laissons à la réception pour 24 h.
16h-18h : partons pour la plus haute dune du coin (170 mètres) à dos de dromadaire. Il faut s’agripper fort car en descente, ça accélère et ça se déhanche plus ! Gardez le bassin souple, c’est un bon tuyau ! Il n’y a pas d’étriller donc vos jambes fatiguent vite dans le vide. Un dromadaire paraît marcher lentement mais quand vous êtes à son niveau, ce n’est plus la même impression. Notre caravane est formée de 4 espagnols et 5 allemands. Saïd et Tariq nous suivent à pied. Nous les voyons se taquiner au loin, disparaître et réapparaître. Portons leurs affaires, enfin le dromadaire. La nuit tombe doucement à notre arrivée au campement Est de la dune, une vraie « déesse », montagne imposante. Les dromadaires se couchent au rythme du signal verbal (sec et court) du chamelier « OUCHE !», qui leur encorde une patte pour les immobiliser pour la nuit.
En atteignant enfin notre campement, tout le monde (une cinquantaine de touristes au total) ont pris d’asseau la colline gigantesque ou s’est dispersé dans les nombreuses petites dunes pour voir le coucher du soleil. Jamais il n’a été rouge, une autre fois, In Shallah ! Mais les couleurs restent si belles, les dunes sont si bien dessinées, leurs courbes sont douces comme les rondeurs d’une femme. Les traces que nous y gravons s’effacent chaque jour et le sable redevient lisse grâce au vent. Le vent soulève le sable que rarement en cette saison. En général le sable glisse sur les courbes des dunes, sans s’en éloigner. On grimpe du coté le plus abrupt, coté Est, à quatre-pattes mais quasiment debout. Ascension de la face Est en 30 minutes pour 170 mètres. Sandrine et Tariq arrivent au sommet malgré le vent qui augmente. Saïd reste avec moi, à la moitié, sommes les plus vieux, vous comprenez ! Tariq et Saïd ont trouvé un surf de ski et le trimbalent avec eux : des fous, c’est lourd ! Je descends d’ailleurs un petit bout de pente en surf en gardant l’équilibre. Suis très fière car j’ai vraiment une phobie de tout ce qui glisse… Un de nos deux chameliers a gravi la dune de 170 mètres sur le coté Ouest, plus facile, et a dévalé le coté Est en courant à fond, d’un trait, presque à l’horizontale : incroyable ! Nous, pauvre touriste débutant, courons très lentement… La vue de là-haut est splendide : dunes à perte de vue sur 360 degrés, puis des montagnes et des canyons.
Campement de cinq tentes marrons : Toile épaisse tricotée et pas étanche. Une averse nocturne nous a fait poser nos impairs sur la tête pendant la nuit. Pas grand chose, juste quelques gouttes pour redessiner les dunes.
Le thé berbère est servi aux tables basses sur les tapis, marchons pieds nus car le sable est partout. Trinquons avec une famille de Calla Mayor, Baléares, très sympathique, avec lesquels je pratique mon espagnol et mon anglais. Nos deux lascars sont à l’autre table, celle des allemands, où Saïd se délecte à leur parler. Il parle en effet mieux l’allemand que le français. Les berbères cuisinent dans une cabane assez grande (pour ceux qui aiment dormir tôt, choisir la tente la plus éloignée car après le dîner, ils font la vaisselle joyeusement en s’amusant bruyamment. N’oubliez pas, ils dorment tous peu mais ils sont rarement de mauvaise humeur car le stress « ça tue » disent-ils).
21h : Sommes appelés à la salle à manger, avec tables basses, gros matelas, lumières tamisées (bougies dans de superbes lampes carrées métalliques typiques du Maroc) puis grosse lampe à gaz ! Repas copieux et délicieux habituel (crudités, couscous, melon et oranges). Trois homosexuels nous rejoignent pour dîner : dernière caravane tardive. Après le chant des grillons, les Jembés se mettent en route après le dîner pour une demi-heure sous les étoiles où nous dansons les yeux fixés sur le ciel. Les touristes disparaissent petit à petit dans leur tente. Une brise traverse le campement de par et d’autre aussi vite qu’un fantôme traversant une maison hantée. Sandrine et moi nous éloignons du campement avec nos torches, pour s’isoler et observer silencieusement les étoiles, allongées sur une dune. La mère espagnole nous a fait un petit cours d’astronomie que nous ré-utilisons. Même la torche éteinte, nous distinguons les silhouettes des dromadaires ; d’ailleurs couchés sur un tapis de billes noires ou crottes dures (ce qui nous rappelle que Saïd nous a fait jouer avec l’autre jour!).
Réveillées par les grognements de dromadaires refusant la corde en plastique à la mâchoire inférieure, signe d’un travail très proche dans le temps, nous nous étirons et les courbatures (cuisses et os des hanches) de deux heures de dromadaire hier se font ressentir pleinement. Le temps d’un thé et nous repartons pour le petit-dèj servi à l’auberge.
Tariq et Saïd devancent de nouveau notre caravane. Sandrine et moi sommes les dernières, un peu en retard. De nouveau sur mon dromadaire châtain foncé, agréable cinq minutes mais je me fixe une heure maximum avant de descendre et rentrer à pied. Je craque à la quarantième minute. Je descends enfin, les maux passent rapidement et je dois garder un rythme soutenu pour ne pas me faire distancer par mon propre dromadaire, heureux de rentrer !
Prenons le petit-dèj avec les trois homosexuels dont un snob à point ! Il nous déconseille de visiter la mosquée de Casablanca qui « n’a aucun intérêt architectural » Il dénigre le travail des Marocains et l’investissement de temps et les dons « obligatoires » de chaque famille du pays devant son propre Guide ! Certaines choses ne sont pas à dire ! J’ai honte qu’il soit français ! Je dis « bonne chance » à leur Guide, discrètement, avec un clin d’œil complice et de compassion. N’ai pas revu mon superbe Hassan Zéro au sourire large, au corps d’athlète et aux traits heureux.
Marchons 15 minutes vers l’Auberge voisine Amazir car la notre affiche complet pour notre dernière nuit. Les Garçons nous portent nos sacs comme toujours.
Resterons enfermés car la tempête souffle fort et le sable empêche toute visibilité. Sieste de deux heures.
20h40 : les tambours, Jembés et violons accompagnent des chants berbères du groupe de l’Auberge. Les musiciens ont tous une dentition incomplète, ou complotée par de l’argent mais la majorité ont les dents jaunâtres et marrons. Le violon date, a perdu toute sa couleur d’origine et le bois est quasiment brut. Le violoniste souffle dessus et un nuage de sable s’est formé, comme des abeilles autour d’une ruche, mais il ne réagit pas par habitude. Ils ont tous un sourire sincère et des yeux heureux, noirs et charmeurs. Ils sont beaux.
In Shallah est utilisé par Saïd sans cesse et nous attrapons tous ce tic, ce qui nous servira beaucoup lorsqu’on ne voudra pas dire non, et refuser gentiment.
21h-23h : dîner en compagnie d’une famille de Pau, super sympa et marante, sans les Garçons cette fois-ci. Restons entre touristes, ça fait aussi du bien de parler aux siens.
Debout à 7h, prêtes à 7h30 en bas car départ prévu à 8h. Mais, la préparation d’un thé, de pain, confitures de fraise et marmelade prend trente bonnes minutes ! Petit-dèj dehors, en compagnie du sympathique français-fumeur de Pau, du dîner d’hier. Puis un dernier adieu aux dunes, en compagnie de Saïd qui les aime autant que moi, dernière marche avant de les quitter et de retrouver la ville et la pollution. La luminosité a une clarté exceptionnelle aujourd’hui. Les dunes sont exceptionnellement nettes. Le ciel reste bleu et ne blanchira pas de la journée.
Partons tout d’abord en van de l’Auberge Amazir, je suis devant, vers 9h pour une demi-heure.
Puis à six dans une Mercedes (peu) entre Rissani et Erfoud à 120 km/h. Il n’y a plus de bus. Ils sont très tôt.
12h15 : sommes à une terrasse, buvons un jus d’orange pressée sans glaçon en attendant le bus de 15h ! Mais Saïd trouve une alternative car ne veut pas attendre trois heures et déniche un mini-bus dans une ruelle.
Sandrine donne une orange à une mendiante qui la mange par terre rapidement. Elle a un petit dans le dos, sous son tissu. La pollution est permanente. Odeur d’échappement à chaque passage de véhicules motorisés ! En plus des mouches !
13h-15h : en bus sur 90km (18 dhs)
Lorsque le mini bus est plein, nos sacs jetés sur le toit, nous partons a travers des plaines désertiques, parsemées de palmiers et de beaux villages en terre ocre. Quelques dromadaires, sans « laisse », nous coupent la route. Les clients montent et descendent régulièrement et payent au chauffeur en partant. Femmes avec enfants souriants et sages. Nous leur laissons nos chips. Les femmes demandent du parfum mais il est sur la galerie. Saïd descend de temps en temps acheter une cigarette à l’unité pour un dirham. Tous les hommes dans la rue nous disent sans exception : « Bonjour la Gazelle, ça va ? C’est la première fois au Maroc ? Bienvenue au Maroc » C’est comme s’ils avaient tous été formé à l’école ou par la télé.
16h30-16h50 : pause du bus mais sans arrêter le moteur, c’est plus parfumé ainsi ! On étouffe de diesel ! Les couleurs sont splendides ! Incroyable !
16h50-17h50 : En bus sur 110km
Du coté droit où je me trouve, seule, les couleurs sont encore plus tranchées avec mes lunettes de soleil: ciel bleu turquoise, village orangé, végétation vert tendre. Tout est superbe.
Je demande une pause à une terrasse de café ensoleillée face aux montagnes et à la vallée avant la dernière partie du trajet. Buvons un Whisky berbère. Tariq fait l’élève qui apprend le berbère et moi la prof ! Vais me rincer les mains au robinet du comptoir et sors en souriant au cuisinier et en humant longuement une bonne odeur alléchante. Du coup, le cuisinier nous offre une omelette et du pain pour quatre ! Nous la dégustons, sans couvert, en utilisant le pain comme ustensile, comme il se fait ici. Repartons chercher un taxi ou mini-bus, Saïd comme toujours s’en occupe. Ca discute longtemps, la foule s’amasse et se mêle à la conversation. Tous les hommes sont dehors à longueur de journée à regarder le temps passer ! De vraies bêtes de somme ! Bref, finalement, il y a deux policiers à la prochaine intersection et le chauffeur ne veut pas nous prendre pour éviter de payer un bakchich sauf si on paye 140 dhs au lieu de 40. Saïd est désespéré, la tête entre ses mains. Je lui suggère de marcher où le chauffeur pourra nous récupérer discrètement. Accord conclu. Laissons nos sacs dans le van et marchons vingt minutes. Toujours pas de van ! Commençons à douter et regrettons d’avoir laissé nos pellicules photos, seule valeur à nos yeux. Mais non, il arrive, mais a dû s’arrêter dix fois sur un kilomètre.
18h-19h : mini bus
Il nous reste donc 13 km à parcourir pour atteindre la première auberge. Une bagatelle ! La nuit est presque là. Montons, le mini-bus récupère des gens sur son passage comme d’habitude dont une femme, son bébé de six mois et son fils de sept ans d’une puanteur surprenante lorsque je le prends à mes cotés. Le pire c’est plutôt la route, tellement défoncée que le chauffeur est forcé de rouler sur les bas cotés en terre, à droite ou à gauche, à dix centimètres du ravin et en slalomant entre les trous et tout ça dans la nuit ! Donc les 13 km, nous les faisons en une heure dans le bruit de la musique, des amortisseurs claquants, des zigzags qui n’en finissent plus, du klaxon pour doubler les plus lents (si, si, y avait, comme une R14 break avec 15 personnes dedans, enfin 15 paires d’yeux !) La moutarde me monte au nez de fatigue, car je suis transbahutée depuis 9h ce matin comme du bétail ; fatiguée de nos questions sans réponse. C’est Saïd qui entend les réponses en berbère et aucune traduction semble utile pour les milliers de mots que l’on manque, l’absence totale de notion du temps ici (il faut toujours multiplier par trois minimum les durées qu’on vous indique) et de distance (à multiplier par trois aussi). En Europe, je ne multiplie que par deux…
19h, arrivons finalement à la première Auberge et je n’irai pas plus loin ! Hôtel Kasbah (page 489 de notre sale Guide Geo). Dormirai par terre s’il le faut. Saïd va s’enquérir s’il reste des chambres, ça dure encore dix minutes et toujours sans traduction ! Je commence à bouillonner. Je m’attends toujours à un oui ou à un non mais ils en sont incapables. Bref, il y a des chambres. Je monte direct m’isoler au calme, tremblante de fatigue et d’énervement de leurs bêtises quotidiennes, tolérables en vacances mais pas douze heures de suite. Je réaliserai par la suite que mon corps entamait ce soir là un affaiblissement maladif… A suivre ! Je m’enfui donc et ne veux plus entendre ni voir de Marocains pour la soirée. Sandrine comprend vite et me laisse me calmer, sans dîner. Je ne supporte pas le bus ! Envie de vomir, spasmes, etc après 5h de bus et 8h d’attente aujourd’hui. Le Roi, lui, achète un château à sa fille en France pour qu’elle poursuive ses études ! Mais ici, sur la chaussée, les panneaux triangulaires « travaux » sont cimentés pour plusieurs années car rien n’avance. Ils vivent comme il y a des années en France. Merci la Royauté ! À bat le Capitalisme ! Vive l’Islam et la pauvreté imposée par une seule famille d’égoïstes !
21h15, prête à dormir pour affronter les mêmes inepties demain !
Serions-nous moins emmerdées si Saïd et Tariq n’étaient pas là ! Nan, bien au contraire, car nous sommes les attractions du jour pour chacun d’entre eux et Saïd et Tariq nous « protégent » en éloignant les mendiantes et les hommes qui nous collent. Ils nous préviennent aussi, par exemple, si l’eau n’est pas en bouteille capsulée, comme s’ils avaient été formés aux conséquences pour les touristes ! Ils sont adorables.
Notre Auberge est d’apparence propre, comme les draps mais pas les sanitaires et douches (odeurs de pisses masculines) ni les couvertures poussiéreuses et lourdes de crasse. Mon nez, à l’intérieur, est moins sec et ne saigne plus contrairement à dehors où la pollution et la poussière de sable permanente sont difficiles à supporter et très désagréables. Des lingettes sont indispensables dans un tel environnement.
Endormie vers 21h30, sans dîner, épuisée, j’entends à peine le réveil de 7h. Sandrine « Tagine » (son nouveau surnom) et moi-même (Sylvia Khalia) avons le temps d’aller marcher une demi-heure après notre commande de petit-dèj. C’est souvent très long. Marchons sur la piste, alias route défoncée, beaucoup moins fréquentée qu’hier soir. On nous dit vingt fois « Bonjour les Gazelles, ça va ? Bienvenu au Maroc » Ils n’attendent même pas les réponses mais nous les donnons systématiquement poliment. Je demande poliment aux enfants d’arrêter de nous suivre, ça marche en anglais seulement cette fois-ci ! Retour au salon où Saïd et Tariq sont là. Hier Tariq n’a pas aimé nos chips ! J’en doute. L’Alka-Selzer n’a pas pu retenir le contenu agité de son estomac. En les revoyant, j’ai honte de mon comportement d’hier mais tout est vite pardonné. Ils s’étaient inquiétés.
9h-12h : partons à quatre dans la vallée verte et Tariq fait le Guide de montagne cette fois-ci, car c’est sa spécialité. Traversons les champs de blés verts, parsemés de coquelicots, mimosas et violettes (et dire que ces fleurs sont appelées mauvaises herbes !). Il y a aussi de nombreux canaux terreux qui irriguent ces cultures de blé. Bonnes odeurs de figuiers, fini le diesel, je revis. Escaladons quelques rochers. S’entraidons. Tariq et Saïd nous laissent à un point de vue ensoleillé car nous voulons en profiter. Ils descendent à pic des rochers, après y avoir grimpé sans sécurité. Avons un peu peur qu’ils se blessent (Tariq a déjà la cuisse endommagée). En bas, on les imagine se déplacer car ils secouent chacun des troncs d’arbre sur leur passage et les feuilles des cimes frémissent ! On se croit dans Jurassic Park avec eux ! Tariq est remonté avec une rose qu’il m’offre, Saïd en a une pour Sandrine mais elle part en éclat par un bâton qu’il prend comme bat de base-ball ! Puis il utilise son foulard pour créer une fronde et s’entraîne avec une pierre qui part dans tous les sens sauf devant, donc pauvre de nous, se planquons comme on peut ! Je n’ai jamais senti une telle bonne odeur de rose, prononcée et particulière. Je la garde précieusement comme m’a dit Tariq quand je lui ai donné mon couteau Suisse. Repartons vers une casbah démolie puis traversons une rivière glaciale, pas le choix, vraiment glaciale. Saïd prend Sandrine en main pour la traversée, pieds-nus, chaussures en main, sur les galets de toutes tailles, invisibles sous les rouleaux du courant et Tariq m’aide, très attentionné, galant et fort comme un rock. Je hurle pour soulager mes pieds violets ! Ma sœur et moi adorons hurler de toutes façons et surtout sans raison ! Faisons une pause sur le sable, tous allongés au soleil chaud avant de repartir dans les champs de blés. Sandrine « Tagine » nous fait à présent le Guide avec explications détaillées sur : une branche morte, un « cail-lou », une bouteille en « plas-tique » puis réclame des dons pour la reconstruction de la casbah en ruine (un dirham la pierre : tarif du pays). Rentrons à l’Auberge boire un Whisky berbère dans le frais et le sombre du salon marocain avant de repartir à pied. Saïd veut attendre « un transport » mais je réponds horrifiée : « Y en a marre d’attendre un transport ! » donc nous marchons. Je ne peux rester en place. 8h hier était une torture ! Saïd, tel un bon américain, ne marche pas 100 mètres sans prendre un Petit Taxi. Ils nous prennent nos sacs après quinze minutes. J’essaye d’arrêter des voitures ou mini-bus marocains mais tous pleins. Tariq me déconseille d’arrêter les voitures, ce n’est pas mon rôle de touriste (ou femme), c’est culturel. C’est à eux de le faire car nous sommes accompagnées. J’obéis et comprends. Mais un couple de Pau, gros babas-cool, arrivent et là, c’est à moi de parler à mes « frères ». Ils acceptent de nous prendre sur 13 km, dans leur Mercedes aménagé en mobile-home. Ils arrivent du Mali et de Mauritanie et voyagent depuis deux mois.
A un café, je me bats pour avoir deux omelettes en quinze minutes avant de repartir. Aucun client et il y a trois serveurs mais ça bavarde. Je m’étonne que Tariq et Saïd ne mangent pas. Peut être n’ont-ils plus d’espèces ?
15h15 départ du bus : Saïd nous annonce qu’ils ne viennent pas ! Le choc ! Je suis choquée de cette nouvelle si soudaine et très triste car n’ai pas le temps d’envisager une solution car le bus démarre. Juste le temps d’échanger les dix euros de Saïd. On lui en donne pour vingt. Tariq se renseigne et n’est pas content car Saïd ne partagera pas comme suggéré. Donc nous lui offrons 100 dhs, ce qui n’est rien. J’aurais voulu leur offrir plus mais ils nous ont coupé l’herbe sous le pied ! Désemparée, j’embrasse Tariq puis Saïd de peur de ne pas avoir le temps de les remercier. Tariq me fait pleins de bisous sur la joue droite comme il faisait aux enfants du désert, ça me touche car le cœur y est et avec beaucoup plus de sens que quatre simples bises. Saïd me fait un piou et nous nous serrons fort. La séparation est bien là et si soudaine ! Ces quelques jours furent uniques et merveilleux ! Mais le temps effacera leur intensité comme le vent efface nos pas des dunes.
15h15-16h30: 116 km en bus
Ca y est, nous sommes dans le bus, seules, malgré les quatre Marocains qui souhaitent déjà converser avec nous. Je ressens déjà un grand vide, ils me manquent, je suis silencieuse et encore sous le choc ! Je m’en veux d’avoir attendu si longtemps pour réaliser que ces moments géniaux allaient bien finir un jour. Saïd et Tariq ne nous en ont pas parlé pour ne pas mendier ou nous imposer le paiement de leurs frais, mais nous aurions pu adoucir ce qui fut la séparation la plus soudaine que j’ai jamais vécu !
Voyageons en silence car les souvenirs des Garçons défilent. Nous nous éloignons des Marocains qui nous suivent comme des vautours sur des proies blessées, ce que nous sommes.
Rien d’écrit aujourd’hui car je suis mangée de l’intérieur par mon Alien. N’ai plus de force et suis triste de la perte des Garçons.
Prenons un Petit Taxi de la Gare Routière de Ouarzazate qui nous conduit à notre Hôtel Riad Salam. Nous prenons en route une petite fille de 10 ans qui mange des gâteaux (Sandrine a l’œil pour ces choses là !). Sans réservation, nous espérons que le Réceptionniste ne se laissera pas influencer par notre apparence. Il lui reste une chambre pour une nuit. Très bien : chambre au second, porte d’entrée donnant sur un couloir extérieur, tel un Motel américain, donnant sur une piscine inutilisée.
Epuisée, je m’effondre sur le lit après avoir passé quelques temps aux toilettes « faire de la lecture » à mon Alien « naissant » !
Sortons à la tombée de la nuit pour dîner. Je refuse de nourrir mon Alien et les Serveurs savent immédiatement pourquoi et ils défilent à ma table, chacun leur tour, pour m’offrir du riz blanc ! Au bout de la cinquième proposition, je finit par accepter. Deux salles à manger au choix, que je surnomme « folle ambiance », avec des groupes de retraités heureux qui nous entourent et qui iront danser au bar par la suite. Ca bavarde fort, ce qui remplacera la musique marocaine qu’on avait l’habitude d’entendre avec les Garçons.
La vie s’éveille très tôt au Maroc et si vous ne mettez pas l’affichette « Do not disturb » à votre poignée de porte, la femme de ménage frappe vers 7h pour faire la chambre, que vous ne devez quitter qu’à midi en général. Problèmes d’égouts souvent car les odeurs remontent dans la salle de bain. Les oiseaux se mettent à chanter au lever du soleil, quand la lune fait son passage. On a en effet jamais vu la lune car elle est visible entre 5h et 6h.
8h : petit-dèj au bord de la piscine. Les Serveurs, chacun leur tour, s’empressent de s’enquérir de mon état de santé : fort gentil mais embarrassant ! Tout le staff est au courant aujourd’hui, jusqu'à la réception ! Nous devons changer d’hôtel.
Rangeons et nous dirigeons à pied vers notre nouveau havre de paix. Demandons à des passants notre chemin mais aucune direction n’est la même. Espérons voir un Petit Taxi vide passer, comme notre Messie, qui arrivera finalement. Le vieux chauffeur, tout gentil, nous propose ses services pour des excursions : « In Shallah ! », je garde ses coordonnes.
Arrivées à l’Hôtel La Palmeraie, choisi par le Réceptionniste de ce matin, je reste au lit à essayer de calmer mon Bébé Alien chéri ! Sandrine part découvrir l’hôtel et nourrit un couple de paons en cage.
13h-15h : découverte pédestre dans le centre de Ouarzazate. Boutiques où les vendeurs nous forcent à regarder et rentrer « pour le plaisir des yeux, c’est pas pour vendre, c’est juste pour voir ma boutique. T’iais fâchée avec les Marocains ? Bonjour la Gazelle, ça va ? Tu viens d’où ? Bienvenue au Maroc. Tu veux du thé ? T’ias pensé à un tapis ? Tu reviens du Marathon des Sables ? » Et nous : « Tapis trop grand pour ma chambre, trop lourd pour mon sac à dos. N’aime pas les bijoux » Il faut dire que ce que l’on cherche n ‘est pas dans la boutique mais bien souvent, le vendeur connaît quelqu’un pas loin qui aura ce que vous cherchez ! C’est épuisant le souk, beaucoup plus à mes yeux que quatre heures de marche dans le sable. Je ne parle pas bien sur de la marche de la 19ème édition du Marathon des Sables qui couvre une distance de 230 km en six étapes. Ex : 76 km en 36 heures maximum. Les premiers, qui sont Marocains, la font en 6h ! Croisons donc de nombreux touristes boiteux avec des pieds en sang et bandés de partout ! http://www.darbaroud.com (du 11 au 17 avril 2004)
En anglais :
http://www.ilovemarrakech.com/ouarzazate/marathondessables/
Sandrine achète son pouf pour 130 dhs. Bon prix, bien marchandé pendant une petite heure car en face, dans la boutique des prix fixes, il est à 125 dhs. Trouvons aussi de délicieuses pâtisseries marocaines que mon Alien tolère !
Quelques enfants vous demanderont un stylo donc emportez-en quelques-uns, ou des crayons de couleur ou calepins (car il n’y a pas trop de papier). Il faut discrètement les donner quand un enfant est seul. Il le cachera rapidement dans sa poche et ne partagera pas. Je récupérais les petits savons et flacons de gel et shampoing pour les distribuer. J’avais aussi apporté des échantillons de parfums car les femmes en raffolent. C’est un produit de luxe pour nous alors imaginez pour les Marocaines. A la campagne, c’est plus facile de donner car ils sont moins nombreux qu’en ville et vous croiserez des femmes. Elles ne veulent absolument pas se faire prendre en photo même en échange de quelques pièces ou en troquant. Il y a de nombreux chats partout, mais les chiens ne sont pas appréciés et ont un air triste.
21h : venons de passer une heure à écrire dix cartes au bar de l’hôtel. Je suis aussi en train d’anesthésier mon Alien avec une boisson appropriée : un coca-cola. Rien que le bruit du pétillement, je sens son agitation de refus ! Il m’a « piétiné » l’intérieur toute la journée, comme hier. Je l’ai nourri d’olives, de riz blanc et de couscous puis il m’a assommé et j’ai du dormir deux heures cette après-midi !
Mon Alien, je l’imagine comme ceux créés avec une chaussette à l’avant-bras et deux gros boutons noirs méchants pour œil ainsi que des petites dents pointues et une longue queue, se baladant en moi de haut en bas et de gauche à droite ! Avons failli rentrer sous l’enseigne « Gynécologie – Accouchement » de Ouarzazate ! Mais c’était fermé et mon Alien s’était fait discret rien qu’à l’idée ! Mon Alien aime bien faire les souks car il n’est pas resté à l’hôtel cette après-midi. Il m’a donc épuisé ! Il aime bien aussi me réveiller la nuit pour que je lui fasse la lecture sur les WC ! Ce n’est pas facile d’être une mère porteuse tous les jours ! Il vente et il a plu, sommes au bar, entourées de vieux touristes jouant aux cartes et rigolant au loin, car nous avons choisi un salon à part, pour respecter le désir de calme de mon Alien. Premier devoir d’une mère porteuse est de repérer les WC et de s’installer à moins de dix mètres. Je n’avais jamais pensé remercier un jour la « déesse Vania » et bien c’est fait ! Il y a un début à tout. Mon Alien est nourri ce soir à la purée de patates et fait la tête car il préfèrerait des artichauts par exemple ou des crudités. C’est une perpétuelle lutte entre mère et nourrisson !
7h30, réveillées ce matin par les touristes sur le départ, allons quand même déjeuner les dernières. Supers serveurs, actifs, gentils, attentionnés, aux yeux tendres mais leur « Petit » Chef est un « gros lard » qui ne sait que gueuler. Un Arabe me dirait-on ici.
10h, partons trouver un vélo à louer, vadrouillons à trois adresses mais vélos trop grands puis le gérant n’est pas là.
11h, le soleil tape et l’idée de faire dix km (si nos données sont exactes, ce dont je doute fort) en vélo ne m’attire pas trop. Donc j’opte pour un taxi (20 dhs). Sandrine a du mal à s’adapter aux changements, un peu comme mon Père. L’idée initiale me plait puis la réalité est tout autre : Vélo duquel je n’atteins pas les pédales, trois boutiques de vélos dont deux où on ne peut pas les voir, pollution et mal de dos, VTT uniquement ou selle de plomb ! De plus, l’employé de l’Office de Tourisme ne sait rien et n’a pas de plan de la ville.
11h30-12h : visite des Studios de tournage de films (un seul se visite sur les cinq en activité). Pas mal pour les lieux et leurs moyens. Décors assez grands. Notre Guide marocain a plus de bons sens que les touristes de notre Groupe, malgré tous les moyens de communication disponibles en France, c’est incroyable. A croire que l’argent rend les gens débiles ! L’hôtel des Studios est isolé et très bien, avec jolie décoration et jardins, où les employés de la production actuelle sur les Croisades (USA) logent. Les films qui ont été tourné en partie ici sont : Kundun, Le Diamant du Nil (1984), Gladiateur, Cléopâtre, Obélix (2000). Reprenons un taxi vers Ouarzazate (à gauche) car il ne va pas à Aït Benhaddou directement (à droite) !
15h, passons à la Coopérative artisanale où un vendeur me fait payer le double pour une salière-poivrière marocaine. Je fais un mauvais achat et je m’en veux car je paye ce que je ne veux pas payer et à un jeune trop bien habillé ! Il était même antipathique. Je suis nulle ! Discuter et passer du temps avec un vendeur intéressant et dans le « besoin », oui, mas pas lui, un voleur. Hier, avec Abdul, c’était un jeu drôle qui a duré trente minutes mais je n’avais rien à acheter. C’était à celui qui récupérerait les paroles de l’autre pour les lui retourner et le faire « plier » sous les mots, pour avancer d’une étape. Mais les Marocains font ça à longueur de journée et sont donc très bons. Je trouve le marchandage et bavardage épuisants. Avec Sandrine, nous inventons des subterfuges pour les éviter, par exemple : répondre par une question, commencer une discussion bruyante entre nous avec beaucoup de gestes en marchant vite, en parlant sans cesse pour ne rien dire ou même courir en faignant de rater notre bus. Un Marocain nous suivait en 4X4, on s’est mise à courir, il redémarre et nous attend devant notre hôtel où il ne peut pas entrer ! Il nous traite de « Parigos ». Pire que de la Glue ! Un autre nous reconnaît de l’Hôtel Lamrani à 160 km et insiste pour taper la causette. Allons nous réfugier dans une salle Internet 40 minutes pour se reposer les oreilles et le visage du soleil (la plus chaude journée jusqu’ici : 31 degrés) ! Aucun email de ma famille ou de mon poste sur Paris en sept jours : pas bon signe ! Rentrons à l’hôtel, épuisées par les mots identiques qu’on a entendu cent fois en deux heures !
Visite de la Kasbah Taourirt, belle de l’extérieur et refaite à l’intérieur mais la trentaine de petites salles blanches sont vides. Déclinons à deux reprises deux Guides trop insistants et vénaux et en retrouvons un gentil qui nous fait visiter sans quémander de l’argent et commente les pièces avec cœur. On lui donne 20 dhs qu’il refuse mais j’insiste. Les « vautours » sont nombreux et essayons de les éviter mais on aime aider les plus faibles et les plus sincères.
En face, gros bazar, très achalandé, avec de multiples superbes articles et par milliers mais à quoi bon acheter, encore et encore ? Ou le mettre ? Et hors contexte, ça perdra de sa valeur ! Sandrine achète un cendrier bleu moyen pour 150 dhs = 15 euros (car on allait partir en feignant ne plus avoir de cash) au lieu de 220 dhs. Même plus petit, il était au même prix car « c’est le même travail ». Les arguments commerciaux sont tous bons ici et nos Commerciaux français devraient en prendre de la graine et faire un stage au Maghreb ! Ils m’épuisent de paroles sans queue ni tête, inepties après inepties ! Je ne serai jamais une vendeuse sous commission.
Cette après-midi, une vieille et belle mendiante tendait la main, assise à terre. Je me suis cachée pour prendre dans mon sac quelques échantillons de parfum, ai attendu qu’il n’y ait plus d’hommes autour et suis retournée lui « serrer » la main. On s’est comprise et elle m’a grandement remercié. C’était comme un échange entre dealer et consommateur. Je suppose qu’elle pourrait ensuite être dépouillée de ce petit cadeau.
Sandrine a troqué son petit ourson chéri qui nous suivait partout sur la demande d’un père (l’Herboriste) d’une petite fille. Il est vrai qu’il n’y a aucun jouet ici. J’ai troqué un porte-clefs Guinness que j’avais apporté pour une telle occasion. N’hésitez pas à apporter de petits objets pour enfants et femmes ou à laisser vos tee-shirts, vieilles chaussures, shorts, crèmes, médicaments, canif, lampe électrique (aux Berbères du Sahara par exemple), etc. Vous ne perdrez rien mais recevrez un merci inoubliable et un sourire de bonheur. Alors qu’est-ce qu’un kilo de plus ou de moins dans vos bagages ? Surtout qu’on a utilisé que deux pantalons et quatre tee-shirts, deux paires de chaussures (une le jour, une le soir), un pull à col roulé, un impair et un foulard.
20h20 : c’est une minute toute particulière et tant attendue ! C’est un peu comme, lorsqu’à Londres, on a finalement les clefs d’un logement, après une longue bataille, après des jours de recherche, c’est le soulagement et ça se fête en grande pompe ! Aujourd’hui, l’Alien est né : mes selles sont de nouveau moulées ! Hip hip ! Hourra !
12h-16h : bus sur 192 km (50 dhs)
Sommes dans notre premier autocar « 1ère classe », quasiment neuf, souple, avec de grandes baies vitrées propres et légèrement teintées, les sièges sont numérotés et alloués comme dans un avion. Nous avons les meilleures par chance : second rang et pas derrière le chauffeur. Il fait beau et pouvons apprécier les superbes montagnes, villages, vallées, cultures, neiges, pins, figuiers de Barbarie en fleurs roses. Il y a au moins la moitié du trajet en virage en épingle à cheveux mais je ne me sens pas mal cette fois-ci. Le chauffeur n’est pas mauvais bien qu’il soit autant passager que nous : un peu comme dans les films, où le conducteur regarde à peine la route. Il nous regarde, change sa K7 (le Coluche local) ou la radio, prends des clients tous les 100 mètres, se gratte, se penche, regarde le paysage, freine à la dernière minute, colle au cul à 20 cm un camion-citerne explosif ou un van ou un mobil-home ou une auto, mobylette, vélo, double en klaxonnant (non pas en regardant), téléphone mais regarde la route une fois sur dix quand même et sommes de toutes façons les plus imposants !
Les portables sonnent régulièrement et chaque homme sort le sien pour vérifier. Un petit vieux me faisait pitié car il regardait son portable qui ne sonnait jamais et j’aurais tant voulu pouvoir l’appeler ! On aurait pu prendre nos portables car ils auraient marché ici et je lui aurai demandé son numéro.
La route est trop étroite (fausse économie) et sur un pont, notre autocar et une seule voiture tiennent donc on a attendu que le piéton traverse pour avancer, ça faisait de trop sinon ! Pause : 20 minutes cette fois-ci, durée que j’ai demandé au chauffeur, petit secret qu’il n’aime pas divulguer ! Il repart comme il s’est arrêté : monte, démarre et klaxonne tout en roulant et les passagers courent. Petit village isolé avec deux bars et une boucherie. La viande exposée est fumée au départ des bus par leur diesel. Et on vous crie : « Brochettes à la viande la Gazelle ?? ». Allons en face boire un thé mais c’est aussi dégueulasse et bruyant. Je vais donc me dégourdir les jambes près de la rivière dont les berges servent de décharge et WC publics. Je rentre vite car le bus part et roule déjà !
L’arrivée sur Marrakech se fait sentir car le nombre de voitures est multiplié par 1000. Il n’y a aucune règle, ça passe ou ça casse, et on le voit : ça casse ! Trois Mercédès en accordéon. Notre Petit Taxi slalome aisément, rase les piétons en plein milieu, évite vélos qui arrivent de face, roule de gauche à droite ou vis-versa, comme le serpent se déplace sur le sable, sans freiner ; rond-points infernaux, feux non respectés, les Stops le sont s’il y a un flic (très craints ici), queues de poissons, rétros inutiles tout comme le clignotant ou feu arrière, piétons traversent comme une envie de pisser masculine, d’autres automobilistes sortent d’un garage, descendent d’un trottoir et démarrent, coupent la route, etc. Vous voyez, dix minutes en voiture au Maghreb, sans ceinture, me suffisent. L’Inde en fait ne va pas trop me tenter à ce sujet là… Et les mêmes Marocains conduisent en Europe sans avoir passé une seule « équivalence » de permis ! On le fait un peu pour certains diplômes (celui d’infirmière par exemple) mais pour conduire : In Salah, rangez vos gosses ! Le permis de conduire au Maroc coûte 1500 dhs, 20 heures sur 20 jours. Le Code se résume à 5 questions.
Arrivons finalement à l’Hôtel Es Saadi en taxi, qui se trompe, ça doit être mon accent. Ils disent (et écrivent) par exemple : distination, au amonde, checken, grain de bauté, kababe, home mad, reciption, menu de jour, nige, etc.
Petite lessive « odorante » faite au shampoing. Les fenêtres ont besoin d’être ouvertes pour faire échapper les vieilles odeurs du désert ! Petit piqué de nez dans la piscine à 23 degrés (qui paraît bien froide) mais c’est notre premier bain alors on s’y jète en serrant les dents ! Un marocain, gras donc en business, ne peut garder ses yeux dans sa poche et nous fait une jolie « bombe » au passage pour nous épater comme un coq en rut, ce qui nous fait fermer les yeux, effet contraire désiré ! On se dit quand même : « J’ai une ouverture, je reste une semaine de plus » (cf. Les Bronzés). Marchons vers la Place Jemaa-el-Fna vers 19h où le choc fut assez fort : odeurs, bruits, fumées et un monde ! Plus de 200 stands et attractions simples (serpents & scorpions, singes, danseurs de ventre, acrobates mais pas ceux du Cirque de Moscou). Au premier stand de nourriture que nous atteignons (trois planches et dix plats), Rachid nous fait la visite de son Stand 25 avec humour comme toujours : « Guide du Routard, c’est pas trop tard, air climatisé assuré ». Dînons pleinement pour 150 dhs, l’addition est incompréhensible alors faites vos comptes avant. Restons longuement pour observer le défilé de gens et Rachid qui essaye de les appâter. Nous lui faisons aussi de la pub. Le Guide du Routard conseille un autre stand mais il a changé bien sur (le Guide est rédigé une année à l’avance). Allons sur la plus haute terrasse pour observer aussi la place.
Croisons souvent des hommes qui se donnent la main dans la rue, c’est fraternel et amical tout simplement.
La propreté des rues ne nous a pas frappé tout de suite car c’est ce à quoi on s’attend, c’est presque devenu un instinct féminin ! Puis on s’étonne de ne pas voir un papier, une cannette, une peau de banane, une crotte de chien (même les chevaux ont un sac pour faire) puis on voit des hommes balayer devant leur boutique ou quelques employés de la ville et pas mal de poubelles.
Rentrons à pieds.
Ce matin, sommes restées dans notre chambre jusqu'à 13h car nuageux : en profitons pour faire les comptes et regarder la TV « C’est mon choix ». Détente franchouillarde à souhait ! Sommes parties déambuler dans la Médina à pieds, ruelles étroites aux milles échoppes ! Visite du Palais El Bahia vide, aux voûtes, plafonds, jardins et carrelages attrayants. Puis je passe seule visiter le Club Med, superbe et comme d’habitude extrêmement bien placé, complet. Tombons ensuite sur un Riad superbe où nous réservons nos deux prochaines nuits. Il est incroyable !
20h : quittons notre futur Riad pour aller dégoter un nouvel endroit pour dîner car nous essayons de changer à chaque fois. En marchant dans notre ruelle, nous tombons sur de superbes portes marocaines massives, atypiques, qui m’attirent, et je rentre. En fait, à l’intérieur, s’étend une énorme coure intérieure ou des salons marocains gigantesques, aux murs de mosaïques et aux plafonds de cèdres peints ! Tout simplement grandiose. « Simple » restaurant de plus de deux siècles ! Aussi bien les uns que les autres ! Réservons pour demain soir car complet ou presque, à ce prix là (menus entre 150 et 450 dhs, la décoration se paye), je souhaite être sur une chaise à hauteur de table.
20h35, sur la Place Jemaa-el-Fna, un bruit de mobylette qui démarre se fait entendre aux haut-parleurs avec courses de motos en fond sonore, mais en fait « cé-cé- Célimène » ouaih, bon, c’est l’imam (« mouezzin » plus exactement) qui commence soudainement à chanter pour rapatrier ses brebis vers la Mosquée la plus proche !
http://www.paroles.net/chansons/12414.htm
Il s’étouffe, tellement c’est guttural… c’est
l’appel pour la prière. Quelques
musulmans se dirigent vers les nombreux minarets. À coté, nos serveurs se gueulent dessus car ils se piquent les
clients. Les chats nous regardent avec leur air le plus triste pour que la peau
de poulet ou cartilage tombent de la table ! À gauche, un mec en mobylette nous empeste le dîner en
terrasse ! À droite, un couple d’homo accompagné d’un guide marocain, ce
qui me fait penser que Saïd et Tariq nous ont suivi et beaucoup aidé mais n’ont
rien eu financièrement de nous ni autre d’ailleurs. In Salah ! Le dossier de ma chaise en corde vient de se
faire attaquer par un chat, normal, désireux de faire ses griffes pour
m’impressionner : du chantage tout simplement ! Au loin, la fumée se
dégage des BBQ des stands de la place comme un feu de forêt ! Ici les tapis qu’ils veulent nous vendre ne
sont pas de la taille d’une descente mais d’un couvre-lit ! Nos arguments
contre : « Je fais le ménage et je n’aime pas ça » ou «Ma
chambre est trop petite » car ils connaissent bien les logements
parisiens. Réponse : « Ils ne
font pas de poussière ceux-là » ou « Ils sont volants ceux-à et ne
prennent pas de place ».
Hôtel Es Saadi, 8h : réveillée naturellement après 9h de sommeil, dans notre superbe chambre où nous n’avons pas pu avoir de tarif Air France ! La lumière derrière les doubles rideaux ne semble pas vive mais le ciel est de nouveau bleu, quel soulagement ! C’est un jour sur deux.
10h : descendons déjeuner dehors, dans le jardin, où nous discutons avec un chat cinq étoiles, couché sur un coussin, quand ses confrères de la rue se font tuer avec des boulettes de viande empoisonnées. Mangeons de tout. Moi, je me régal avec un œuf dur, du roquefort, saucisson, melon et fraises. Sandrine a la dent sucrée. Partageons avec le chat cinq-étoile qui n’a pas vraiment faim bien sûr. Déjà en maillot, allons directement à la piscine, vingt petites minutes de digestion et hop, dans l’eau à 23 degrés. Connaissons la température grâce à un couple snob, client, qui s’est plaint au Directeur que c’était trop froid. Notre technique d’entrée dans l’eau est celle de la « torture choc mais courte » : descendons les marches et nageons sans pause entre chaque mouvement mais en serrant les dents. D’autres préféreront la technique de la « torture douce mais longue » : crissements de dent à chaque centimètre immergé. Il vaut mieux mesurer 1,50m que 1,80m pour cette technique ! Puis petite bronzette annuelle, un second bain et une seconde bronzette annuelle sur un transat blanc couvert d’un beau et épais matelas orange, lui-même recouvert d’une grande serviette rouge, ma chère !
13h : allons débarrasser la chambre, régler et prendre un taxi vers notre nouvelle chambre superbe au Riad Célia, chambre 10 (près de la Préfecture). C’est la plus typique et décorée de toutes ! Une maison de rêve, camouflée derrière une enseigne insignifiante, deux étages, douze chambres, avec terrasse, grilles et rampes en fer forgé, vitraux aux couleurs primaires, bordure des marches en bois, carrelage au sol, corniches de plâtre sculptées, portes battantes, loquets dorés et gravés, meubles marocains, tapis berbères, lampes et lanternes locales, mosaïques, bac de douche en pierre ocre, etc. Que d’idées nouvelles pour chez moi !
Repartons après avoir rempli la fiche hôtelière de Police et marchons du sud au nord de la Médina pour visiter les Jardins du peintre français Majorelle (1886-1962), rachetés depuis par Yves Saint Laurent.
18 photos sur le bleu Majorelle (c’est nouveau, ça vient de sortir !), jaune, vert, etc ; voir nos photos. Il faut y aller, c’est beau, petit et coloré.
Notre déjeuner se cantonne à 150 gr de pâtisseries marocaines chacune, sur un trottoir dans la rue !
Cinq minutes de Petit Taxi pour 11 dhs pour aller au Jardin de la Ménara au sud. La calèche typique du coin est proposée à 80 dhs.
18h : notre pause au café du jardin se termine car notre travail de touriste doit reprendre. En effet, les couleurs se précisent à la descente du soleil et la pause appareil-photo est tout comme « Capri ».
C’est notre seconde journée dans Marrakech et Sandrine et moi sommes envoûtées par un sentiment de bien être car cette ville se fait aimer petit à petit avec ses larges avenues, belles bâtisses, arbres variés, jardins et fleurs, couleurs, cours intérieures, grilles ciselées, sa chaleur : rappel des villages du sud de la France.
Reprenons un Petit Taxi qui nous laisse aux grilles des Jardins de la Kitoubia où tout est fleuri.
Je passe dans un magasin de cuivre pour y acheter deux loquets pour mon appartement londonien. Il y a des pièces sculptées et gigantesques superbes que mon Père adorerait. Je prends une photo de la devanture surchargée mais bien explicite !
20h : allons se faire un beau gueuleton au restaurant Dar Mimoun, table 12 réservée, à la belle étoile, dans une cour fleurie, avec fontaine et plantes, serveur presque particulier très gentil et rapide (exceptionnel). Pas d’alcool disponible, dommage.
Je nourris discrètement un chat sous notre table, ce soir le « Chat Ninja » : yeux exorbités de par une hypothyroïdie, vitreux car il fume des joints, sans dent car il est marocain, avec de l’arthrose donc boiteux, sans plus trop de poils car trop de batailles perdues. Sa langue sort entre deux canines restantes. Il a mangé la moitié de mon blanc de poulet, sec, avec des os de carcasses, que j’ai regretté de lui avoir donné lorsqu’il a commencé à tousser ! Je m’apprêtais avec réluctance à lui prodiguer du bouche à bouche devant tous ces clients de marque ou de lui prodiguer la méthode Heimlich, dans ce restaurant fort chic aux bruits feutrés.
Sur notre chemin du retour, nous « sauvons » un jeune couple de français, tout juste arrivé au Maroc, des « griffes » ou offres pressantes d’un Faux Guide ! Ils cherchaient un restaurant avec leur Guide du Routard. Mais dans la Médina, les ruelles ne sont indiquées qu’en arabe et les enseignes quasi inexistantes car trop chères. Donc il faut se perdre (je sais faire) pour apprendre à se repérer (plus dur, je suis une femme non ?). Nous les menons au restaurant moche du Guide du Routard (Dar Mina) et les persuadons d’aller à celui d’où nous sortions, table 12, géniale. On les sent tout timide, mal a l’aise, perdus dans cette nouvelle jungle euphorique. Leur donnons des conseils pour les Souks entre autres choses. Leur faisons visiter notre Riad super beau, avec la Suite : « royale » cette Suite !
23h : derniers mots sur le papier, à la terrasse sous la Grande Ours. La ville s’est calmée.
Petit-dèj en terrasse, en face de notre chambre, sous un parasol, en compagnie d’un couple d’anglais et d’une mère et ses deux enfants capricieux et pas faciles (les enfants sont le reflet de l’éducation des parents et là, ce n’est pas beau à voir). J’entends ma première sonnerie de micro-onde depuis 16 jours, surprenant : un micro-onde ! Il réchauffe nos crêpes marocaines précuites.
11h : Je m’aperçois qu’il me manque deux pellicules photo et je pense les avoir laissées hier dans le tiroir de ma table de nuit. Ne suis pas inquiète car j’ai le pressentiment qu’elles y sont toujours. Le patron français me laisse téléphoner gratuitement à l’Hôtel Es Saadi, ils ont bien une pellicule utilisée (la neuve a disparu mais aucune importance).
Puis allons marcher dans la Médina.
On m’offre aujourd’hui 3000 chameaux pour Sandrine au lieu de 1000 ! Le bronzage et les pâtisseries marocaines font leur effet et Sandrine a plus de succès à son grand désespoir : c’est épuisant ! Elle découvre le désagrément constant que d’être suivie et interpellée par des paparazzis tout comme les Stars ! Je m’éloigne d’elle en riant pour la laisser gérer !
14h : sommes sous la toile blanche d’une grande terrasse ensoleillée de l’Hôtel Les Jardins de la Médina (ou Yves et Nathalie de Londres sont passés). Un verre de rosé de Guerrouane et je suis saoule, achevée, immobilisée ! J’ai du mal à tenir mon stylo bic dont l’encre fuit par la chaleur. L’odeur du chlore de la piscine chatouille gentiment mes narines et tout mon corps ressent la lourdeur de l’effet de l’alcool. Sandrine lit et me raconte son roman d’une pauvre fille de Manchester, comme il en existe tant malheureusement. Ma mère nous racontait aussi ses romans pendant nos Grandes Vacances aux Baléares et je buvais ses paroles.
La décoration de la terrasse est splendide : jeunes oliviers plantés dans la terrasse, lampes en terre ocre ornées d’argent, tables basses noires, coussins orangés et jaunes, palmiers de vingt mètres, tapis, cendriers marocains gris, assiettes carrées blanches, corniches en plâtres ciselées, bananiers, hamac, arbres fougères et voyageurs, olives au piment doux, carrelage au sol aux tons tendres, le maître d’hôtel est en costume-cravate et les serveurs en uniformes marocains couleur chocolat, nappes blanches, bouquets de roses partout. Chaises en fer forgé garnies de coussins blancs, compositions florales dans des saladiers marocains de terre et argentés, plafonds hauts avec lanternes marocaines de presque un mètre, et ça n’en finit pas ! Voilages pour cacher les piliers.
Remarchons à travers les ruelles étroites, donc plus ou moins piétonnes, de la Médina pour trouver et visiter les Tombeaux Saadiens. C’est un attrape-nigauds car il n’y a pas grand chose à voir mais un monde ! Faisons la queue pour voir une salle intérieure et trois tombeaux, beaux et joliment ciselés mais c’est tout. Jardin en cul de sac et voilà. Notre sale Geo Guide, page 368, en parle comme si les jardins étaient splendides ! L’allée principale est pas mal mais le reste c’est de la pelouse.
18h30 : reprenons un Petit Taxi, dont le chauffeur est analphabète, pour finalement ne pas atteindre un autre jardin sur notre plan, impossible à trouver, même en demandant plusieurs fois à des passants. Il s’arrête finalement à mes demandes répétées car il souhaiterait plutôt qu’on rallonge sa course bien sur. Mon sale caractère sert quand même parfois, surtout dans un monde d’hommes !
11h20-14h45 : C’est notre dernier jour, nous sommes rodées pour attaquer le Souk le plus grand du pays (plus d’un km carré). Je suis prête mentalement après ce « stage » au Maroc de 15 jours ! Je vais donc prendre mon temps pour négocier et choisir mes articles, un par un, pendant une bonne demi-heure, les faire craquer de ma lenteur et de mes exigences… Sandrine, elle, se fait draguer par le vendeur, ça m’arrange, il ne virevolte pas autour de moi ! On m’en propose 20.000 chameaux, pas mal ! Les enchères montent et ce, jusqu'à un million de dirhams… Mais bon, pour qu’ils se calment, je fini par dire qu’on vit ensemble et que c’est ma p’tite amie sinon ils l’enlèveraient !
En trois heures nous ne faisons qu’une dizaine de boutiques. Enorme pour moi qui ne passe jamais plus de deux heures dans les boutiques !
A force d’aller et venir, on savait exactement où on pouvait trouver ce que je cherchais et arpenter pour la nième fois une nouvelle allée semblait inutile. On vous arrête tous les mètres mais on n’a jamais perdu le sourire car si on était à leur place, nous ferions exactement la même chose.
Quand j’ai tout acheté, il faut sortir du souk sans se faire agripper et donc là, on fait la « grève de la parole » comme ils disent, et on « trace » dans les allées sans s’arrêter et sans dire mot !
Rentrons récupérer nos sacs, prendre un Petit Taxi de la Préfecture pour la Gare de train. Chargées comme des ânes mais le chauffeur ne prend jamais l’initiative de nous aider. Il faut lui demander de prendre nos sacs pour les enfourner dans le coffre ou sur sa galerie.
Au comptoir des tickets de train, il faut être vigilant de ne pas se faire doubler sinon on y resterait la journée…
--h---h : en train sur 230 km (75,50 dhs)
On se fait contrôler plusieurs fois avant de trouver une place dans un compartiment. La nuit tombe doucement et le ronron du train m’endort.
Reprenons un Petit Taxi pour aller à notre tout premier Hôtel Riad Salam sur La Corniche.
Trois visites par jour pour 120 dhs (12 euros). Sommes en avance pour celle de 14h, dernière de la journée. Aucune organisation. Tout se fait sur le moment même. 45 minutes de visite avec un guide, en français, à récompenser à la fin.
« Ou se trouve le départ de la visite ? »
« 14h »
« Merci mais où exactement ? »
« Là -bas, ici ! »
10h30-11h15 : train ONCF
12h30-17h : vol de la Royal Air Maroc
Apprenez à jouer au « tennis verbal » pour un match contre les champions du monde.
Si vous êtes rabattues dans une boutique « pour le plaisir des yeux » et que vous réussissez à en ressortir les mains vides, vous recevrez à peine un « au revoir ».
Ne jamais répondre à une question mais en poser une autre.
Ce qu’ils vous crient :
« Ici c’est moins cher que chez Leclerc » « Tu veux casser la baraque ? » « C’est la galère avec toi » quand on a décliné les dessins en henné.
« Rentre, pour le plaisir des yeux » « Rentre, ça porte bonheur »
« Rentrez, c’est gratuit » « C’est pas cher, combien t’en veux : 10, 15, 20 pièces ? »
Exemple de « match » amical :
- « C’est cassé » = « Non, pas cassé mais ébréché »
- « C’est ébréché » = « Non, c’est le charme de l’artisanat »
- « On va rire avec ce charme artisanal » = « S’ils rigolent, c’est qu’ils n’aiment pas le Maroc »
Quelques tuyaux en vrac :
- Demander le prix de ce que vous n’aimez pas et dites : « Qu’est-ce que c’est cher ! » puis demandez le prix de ce que vous aimez, avec un air déçu. Naturellement un client demande d’abord le prix de ce qu’il aime donc c’est trois fois plus cher ;
- Sortez une vingtaine d’objets, mettez-en partout, jouez à l’indécis, sachant que la quantité fait descendre les prix. Et faites durer : entre 15 et 30 minutes de cirque.
- Gardez toujours en tête le prix dont vous ne démordrez pas. Il est bon de connaître les prix d’objets marocains vendus en France, allez les noter avant votre départ. J’en ai noté quelques uns pour vous en fin de récit
- Ne pensez pas en euro mais en dirham, comme eux
- Apprenez bien toutes leurs réparties aux arguments standards du touriste débutant et façonnez vos propres réparties, répondez par une question ou, quand vous êtes échec et mat : sautez du coq à l’âne !
- Apprenez à connaître la vie du vendeur pour utiliser certains morceaux dans votre jeu. Soyez amical et tutoyez-le avec respect
- Il m’est arrivé de refuser le thé car c’est sans cesse, trouvez un bel argument
- Ne « posez pas votre jeu » et de criez pas « victoire » trop vite car vous n’êtes pas un expert en « tennis verbal »
- Lorsque le vendeur ne veut plus descendre son prix, c’est que vous n’êtes pas loin de son seuil de tolérance. Mais ne soyez pas si fier d’avoir cru faire une bonne affaire car entre les prix fixes (= avec étiquettes) et les prix marchandés, il y a une différence de 100% ! Le seul vrai magasin aux prix fixes se trouve à Ouarzazate et s’appelle RABAB dans la rue principale. Là, vous pouvez relever les prix et c’est époustouflant de les comparer à ceux des souks qui sont si gonfles ! Vaut mieux acheter en France parfois, vous n’aurez pas à payer le surplus de bagage au moins (environ 10 euro par kilo supplémentaire) !
- Les prix à Marrakech sont, des le départ, moins chers qu’ailleurs car la concurrence est présente et en quantité faramineuse. L’offre étant si importante et la demande (des touristes) régulières que les prix sont moindres avant tout marchandage
- Feignez de quitter la boutique si vous trouvez que le prix est trop cher. Le vendeur (plus désespéré à Marrakech) vous courra après en baissant le prix. J’avais acheté une pellicule de 36 poses 400 ASA pour 50 dhs en prix fixe. Lorsqu’on m’en demande 100 une autre fois, je suis sortie et ai accepté les 60 dhs demandés dix mètres plus loin par le vendeur.
- Pour les timides, tenez bon, ne ressortez pas comme de nombreux touristes avec des sacs plein les bras !
Les vendeurs sont comme les enfants. Ils vous perçoivent immédiatement : timides, faibles, trop gentils, vous ne leur échapperez pas ! Yak, yak… Ils vont se régaler à vous mener par le bout du nez ! Alors, comme eux, choisissez la sauce à laquelle vous serez mangés : un jeune vendeur débutant ou un vieillard sage. Je choisissais aussi les plus souriants, ceux avec les traits les moins méchants ou agressifs, ou les plus faibles, ceux qui souffrent plus à traverser la vie que les autres.
Faites votre B.A. allez au souk pour acheter mais seulement quand vous les aurez tous visités tout au long de votre séjour et que vous serez prêts à affronter les centaines de vendeurs et vous connaîtrez mieux les Marocains et leur culture et que vous serez donc plus à l’aise.
Ne leur mentez pas ouvertement, vous les dégoûterez des touristes et ils deviendront aigris et malaimables plus rapidement. Osez dire non.
Blague Berbère, peut être la seule car on l’entend plus d’une fois : « Quelle est la différence entre un dromadaire et une femme ? » « Le dromadaire te fait traverser le désert et la femme te fait traverser la vie ». Sandrine et moi travaillons toujours sur la chute ! Aidez-nous si vous trouvez !
L’eau de table « Ciel » n’est pas de l’eau minérale mais de l’eau du robinet. Elle a été purifiée et du calcium & magnésium y ont été ajoutés. Le Nitrate n’est qu’à 2. Fabriquée par Coca Cola Company, cette eau avait fait scandale en Europe.
Idée décoration : encadrement de porte arrondie ou ovale mais la porte reste rectangulaire.
« Un homme pressé est déjà mort » : phrase marocaine que l’on entend partout mais qui ne s’applique pas à la conduite automobile évidemment !
Les femmes berbères habillées entièrement de noir sont surnommées les corbeaux.
De nombreux marocains se déplacent les roubignolles de gauche à droite et de droite à gauche ou vis-versa ou réciproquement ou inversement, à longueur de journée. Serait-ce le geste d’une perte de mémoire ? Ou d’un doute pénible ? Ou d’une auto-flatterie ?
30 degrés à Marrakech n’est pas chaud aux yeux des locaux car hommes comme femmes s’habillent avec un col roulé ou une veste molletonnée. Il est vrai que l’été à 50 degrés n’est pas encore là.
L’épellation des noms propres est différente selon les accents et les régions mais on s’y retrouve quand même. Notre Sale Guide Geo, par contre, emploie toujours des mots qu’on n’a jamais croisé dans le pays !
L’entrée des Riads, hôtels, magasins dans la Médina de Marrakech est toujours petite et insignifiante et on a du mal à imaginer la grandeur et la beauté de ce qui se passe à l’intérieur. Ne vous arrêtez donc pas sur l’apparence extérieure, soyez curieux et osez entrer, n’oubliez pas « l’habit » et le « moine » !
A Marrakech, c’est la Berezina, il y a de tout et on a du mal à se décider sur un choix de boissons, de poteries, de nourritures, etc. Nous revenons du Sud où il n’y avait presque rien.
Toutes les bâtisses du Gouvernement ont un drapeau marocain (rouge avec l’étoile Sulayman verte) : signal explicite, pour ne pas prendre de photo, un peu comme sur une plage à la mer agitée !
Si vous prenez un Petit Taxi sur plus d’un kilomètre, il vaut mieux lui indiquer le chemin ou lui montrer votre plan si vous en possédez un et s’il sait lire.
Les Petits Taxis ne prennent pas plus de trois passagers. Ils ont des compteurs à Marrakech uniquement, qui marchent. Rouges à Casablanca et marrons à Marrakech.
Les locaux sont toujours servis avant les touristes, ex : au comptoir de l’ONCF (Office National des Chemins de Fer) http://www.oncf.ma/ ou d’un hôtel. Ne vous attendez pas à ce que les queues soient respectées non plus.
Pour bien conduire, oubliez tout ce qu’on vous a appris et faites tout le contraire. Tout ce que vous n’avez jamais osé faire sur la route est ici monnaie courante.
Nous n’avons jamais eu de problème d’insécurité ou de harcèlement sexuel physique (verbal et auditif, n’en parlons pas !). On peut leur faire confiance à 100% sauf pour les prix dans les souks. L’Autorité comme ils nomment ici leur Gouvernement est discrètement mais sûrement « autoritaire » comme leur nom l’indique pour les natifs et plus « laxiste » pour nous touristes. Nous n’avons jamais été témoin d’un « désordre sur la voie publique », aucune baston, aucun soûlards, aucune prostituées (il y en a à Agadir pour ceux qui sont intéressés).
Les Marocains n’ont pas encore perdu leur fierté, leur patriotisme, leur fraternité, leur honneur, le sens de la famille, l’unité, le respect, l’honnêteté, la simplicité et la gentillesse. Toutes ces valeurs profondes, très atténuées à mes yeux en France, rendent la vie plus belle et plus facile.
Hôtels %
Alimentation %
Musées %
§ Super et Sans plomb 92.6 dhs le litre
§ Diesel 59.7 dhs le litre
§ Vache Qui Rit 9 dhs les 8
§ Un soda / limonade 5 dhs
§ Un café au lait 5 dhs
§ Gde bouteille d’eau 7 à 10 dhs
§ Gde théière 20 dhs
§ Pte théière 10 dhs
§ Salade marocaine 25 dhs
§ Omelette berbère 25 dhs
§ Tagine au poulet 45 dhs
§ Couscous 45 dhs
§ Fruits de saison 5 dhs
§ Ragoût kalia 45 dhs
§ Une cigarette 1 dh
§ Aller au WC 1 dh
§ Petit Taxi 1 dh la minute
§ Kodak 36 poses 50 dhs
§ Mini tagine argentée 20 dhs (H 7 cm)
§ Cendrier argenté 150 dhs (H 9 cm)
§ 20 Marlboro light 30 dhs
§ payer pour une photo 5 à 10 dhs
§ abricots secs 100 dhs le kilo
§ poignée d’amandes 3 dhs
§ jus d’orange pressé 10 dhs
§ pourboire 10 dhs
§ carte postale 10 à 20 dhs
§ un timbre pour France 65 dhs
§ bagage en soute du bus 5 à 10 dhs chacun
§ pouf (H 20 cm) 130 dhs
§ 1 heure Internet 8 dhs
§ flacon eau de rose 20 dhs
§ 1 kilo pâtisserie 110 à 130 dhs
§ ½ poulet 48 dhs
§
http://www.darbaroud.com/fr/html/general/maroc/maroc_cuisine.asp